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Trait d'union - décembre 2003

 

Le passé nazi de la famille Somers.

par Joël Goffin

 

            On imagine mal à quel point la Flandre évolue vers une société aux valeurs conservatrices de plus en plus affichées. Le Soir s’est cru obligé de décrire le nouveau Ministre Président comme faisant partie de « cette génération d’hommes politiques flamands qui se veulent proches des gens. Sans tabous, sans œillères, sans carcan ». C’est tellement vrai que Bart Somers, après avoir juré ses grands dieux à ses concitoyens de rester bourgmestre de Malines jusqu’en 2006, a tout de suite répondu présent à l’appel de Karel De Gucht lui demandant de remplacer un Patrick Dewael monté au fédéral (le Knack voit en Dewael, l’ami des Wallons, notre futur Premier Ministre).

            Bien entendu, la presse francophone subsidiée ne veut pas savoir que la nouvelle star flamande ne cache pas le passé nazi – il n’y a pas d’autre mot – de la famille Somers. Ainsi, lors d’un entretien accordé à Humo (l’équivalent du Télémoustique) début octobre 2002, il confiait sans état d’âme que sa famille possédait de profondes racines flamingantes. Les « racines flamingantes », c’est dans les faits un grand-père président d’arrondissement du VNV, le pendant de Rex, et deux tontons : Jan, actif dans la Volkssturm à Lippstadt et Karel, volontaire du front de l’Est dans la Légion flamande. Après le débarquement allié, toute la famille Somers se réfugie en Allemagne. Le grand-père compte fermement participer à l’opération Festung Flandern, soit la reconquête de la Flandre par Hitler, avec l’appui des milices flamandes. On le voit, Papy Somers était un jusqu’au-boutiste. Pour l’anecdote, Jan est inhumé dans un cimetière militaire allemand. A la Libération, Karel sera condamné à mort (une peine qui se résumera en fait à… cinq ans de prison). Le père de Bart, Joos Somers sera le seul à se lancer dans la politique après-guerre. La motivation profonde de son engagement : obtenir l’amnistie des collaborateurs flamands. Il est en effet convaincu que l’establishment belge a traité injustement sa famille ! Sénateur Volksunie de 1974 à 1988, il connaîtra les vives tensions du Pacte d’Egmont. Ces avatars parentaux ne transforment évidemment pas le Premier flamand en fasciste mais ils auraient dû l’inciter à la vigilance dans le choix ses relations.

Il se fait qu’un certain Ward Steffens a créé en 1995 un comité, avec le soutien officiel du Sint-Maartensfonds (les anciens du front de l’Est), du Davidsfonds et de jeunes nationalistes flamands (VNJ). Ce beau monde se propose de donner une orientation radicale à la commémoration de la bataille des Eperons d’Or à Malines. Tous jurent fidélité à l’identité de la Flandre qu’ils souhaitent voir indépendante le plus vite possible. Sur son site, Ward Steffens, 7ème candidat du Blok au sénat en 1999, se vante de la participation officielle du bourgmestre de Malines aux éditions 2001 et 2002.

En 2003, suite à sa promotion, Somers se fait remplacer par son ami Koen Anciaux, le bourgmestre faisant fonction et le… frère de Bert Anciaux. On se souvient que l’ancien ministre Johan Sauwens avait dû démissionner pour avoir assisté à une réunion du Sint-Maartensfonds. Interrogé par le Morgen au sujet de sa présence à la commémoration radicale des Eperons d’Or, Bart Somers répond que cela ne lui pose pas de problème de conscience dans la mesure où aucun membre du Sint-Maartensfonds n’a pris la parole lors de la cérémonie !

La ville de Malines semble d’ailleurs favoriser le faste croissant de la manifestation puisqu’elle met à la disposition du sulfureux comité le théâtre de la ville. Toujours sur le site du Guldensporenkomitee, on découvre une assemblée nombreuse sous le calicot « Vlaanderen wordt Staat » (La Flandre devient un Etat). Tout cela témoigne des amitiés malsaines qui lient une frange de la droite conservatrice au Vlaams Blok et aux représentants d’un passé collabo qu’une certaine Flandre s’obstine à cautionner.

Toujours dans les mêmes eaux troubles, le Laatste nieuws (14.11.2003) observe que le VLD Hugo Coveliers, le CD&V Marc Van Peel et le Blokker Frank Vanhecke s’entendaient à merveille lors des débats sur le droit de vote des étrangers, comme si les larrons pressentaient l’émergence d’une majorité résolument conservatrice en Flandre, après les élections régionales.

La veille du onze novembre (!), au nom du CD&V, Yves Leterme, en termes voilés, et Piet Decrem, plus franchement, déploraient le cordon sanitaire. Les francophones doivent donc s’attendre à la participation imminente du Blok à plusieurs niveaux de pouvoir. Louis Michel interdira-t-il à ce moment la visite du zoo d’Anvers ? Les partis francophones officiels mobiliseront-t-ils massivement leurs troupes pour contrer l’extrême droite flamande ? On peut toujours rêver. Il est vrai qu’il est plus aisé de battre le pavé bruxellois contre le succès de Le Pen à Paris (350 km) que de descendre sur Mechelen-Malines (20 km) pour clamer sa fermeté sur les principes fondamentaux de la démocratie !

Rassemblement Wallonie-France