![]() | [introduction] [presse] [trait d'union - 12/2003] | ![]() | ![]() | |
Trait d'union - décembre 2003
L’éditorial de Paul-Henry Gendebien, Président du RWF-RBF . Le gouvernement Verhofstadt II ne gouverne pas : il se contente d’occuper les ministères, tétanisé par l’incertitude du lendemain, craignant tel un locataire en sursis une expulsion déshonorante après les élections de juin 2004. Ses valises sont à portée de main. Le couple violet s’installe dans la querelle, chacun soupçonnant l’autre de quelque infidélité future. Le ménage a tout dépensé au cours des bonnes années, il n’investit plus rien et commence à commettre de petits larcins (ainsi du hold-up sur les fonds de pension Belgacom). Au nom de l’ultralibéralisme ambiant, il espère tout d’une reprise économique qui viendrait d’ailleurs et se plante dans l’inertie. Et ce n’est pas la récompense qu’il propose à l’incivisme fiscal qui transformera les capitaux cachés au Luxembourg en investissement dans la création et dans l’innovation. Miné par ses propres contradictions, voici donc un gouvernement qui sombre déjà dans l’impuissance. Le spectacle est misérable : l’autorité de l’Etat, ou ce qu’il en subsiste, ne cesse de se délabrer. La fonction régalienne de la justice a été tournée en ridicule au cours du procès Cools. L’administration, chamboulée par une réforme Copernic scandaleuse, est livrée aux démons de la particratie triomphante. Les grands services publics tels que la Poste, l’Enseignement, les Chemins de fer, dont le rôle est encore plus vital en période de vaches maigres, sont menacés dans leur substance même, en Wallonie surtout. Et l’opinion, résignée, ne croit plus guère aux promesses cyniques du pouvoir et notamment à cette annonce grotesque de la création de 200.000 emplois. L’incurie et la désunion qui règnent à la rue de la Loi pourraient conduire à une autre coalition en juin prochain. C’est en Flandre que le paysage politique paraît le plus instable. Il n’y a ici aucune grande force politique qui serait vraiment dominante : les quatre principaux partis (VLD, SP-A, CD&V, VB) se partagent l’électorat en parts à peu près égales, chacun s’adjugeant entre 19 et 23 % des votes… A eux seuls, libéraux et socialistes ne détiennent pas la majorité absolue. Une nouvelle progression du Vlaams Blok pourrait amener une tripartite avec les sociaux-chrétiens. Ceux-ci, de plus en plus inspirés par les thèses nationalistes et séparatistes, et tenaillés par le Blok, feraient inévitablement payer leur participation par de nouvelles « avancées » autonomistes. Aussi la logique du démembrement de l’Etat belge poursuivra-t-elle sa marche en avant, avec l’accord empressé du VLD et du SP-A. Ne perdons pas de vue que MM. De Gucht et Stevaert ont accueilli les beaux restes de l’ancienne Volksunie, ce qui démontre la banalisation du nationalisme au sein même des partis traditionnels flamands. Se prépare donc un nouvel affrontement majeur entre une Flandre de moins en moins désireuse de « payer pour les Wallons » et une Wallonie en liberté surveillée, dépourvue de toute vision de son avenir et frileusement rivée à ses pseudo-certitudes belgicistes. A n’en pas douter, les difficultés économiques que connaissent certains secteurs flamands ne sont pas seulement conjoncturelles. Elles ont aussi une dimension structurelle. A savoir que les avantages comparatifs dont la Flandre a pu se targuer naguère ne constituent plus nécessairement une assurance contre les restructurations et les délocalisations d’entreprises. Celles-ci frappent désormais la Flandre elle-même en raison de l’affaiblissement de l’Etat, de l’inertie de la Commission européenne, et d’une mondialisation de plus en plus sauvage. Il en résulte que le déjà vieux cahier de revendications flamandes (un maximum d’autonomie économique et sociale, et un minimum de solidarité avec les Wallons) se trouve naturellement conforté par l’affaire de Ford Genk. Aux yeux de la Flandre, le remède à des désastres de cette espèce ne réside pas dans un retour à « davantage de Belgique » mais bien au contraire à « davantage de pouvoir flamand ». Wallons et Bruxellois doivent garder les yeux ouverts. Hélas, pour ne pas déplaire à leurs coreligionnaires du Nord, les ministres PRL-FDF-PS ont choisi la ligne molle. Le dossier de la SNCB en est une illustration percutante : le dépeçage annoncé de la société prélude à la régionalisation des infrastructures, et la liquidation de 10.000 emplois se fera majoritairement en Wallonie.
Les eaux basses de la politique belge exhalent un insupportable parfum de
médiocrité, d’absence de projet mobilisateur. Mais elles ne sont pas des eaux
dormantes. De nouvelles et violentes tempêtes se préparent dans les
profondeurs du pays flamand. Elles éclateront à l’approche du scrutin de juin
2004, et surtout au lendemain de celui-ci. Le fédéralisme, dit d’union, laisse
la Flandre mécontente et frustrée. Le long et lent naufrage belge va connaître
une étape supplémentaire. La sagesse politique voudrait que la Wallonie et
Bruxelles se tiennent prêts à prendre en main leurs destinées, toutes leurs
destinées. Nos partis de pouvoir semblent préférer la gestion du provisoire,
au jour le jour. Inlassablement, le RWF-RBF poursuivra sa grande et nécessaire
mission, celle d’inciter les Wallons et les Bruxellois à se tenir enfin debout.
Notre programme et nos listes électorales pour 2004 sont en chantier. Il faut
qu’on le sache et qu’on le dise : notre détermination est intacte et nous
tenons bon ! | ||||