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Le Rattachement, un scénario logique Journaux du groupe "Vers l'avenir" le 29 avril 2002
Au chevet du mal chronique de l'État belge deux médecins se querellent : le Flamand organise une euthanasie et le Wallon pratique un acharnement thérapeutique inconditionnel. Paul-Henry Gendebien utilise cette métaphore médicale pour conclure que l'espérance de vie de la Belgique "n'est pas considérable" . Pourquoi cette différence de regard sur la Belgique ? Parce qu'en Flandre, il y a un vrai sentiment national, sans doute prêt à lâcher Bruxelles pour ne pas devoir rester éternellement belge. En face, il y a tout au plus un sentiment régionaliste "de sauvegarde économique et sociale". Mais point de nationalisme. La Wallonie, souligne Gendebien, ne commémore aucun événement historique fédérateur comparable à la bataille des éperons d'or et sa capitale est simplement "une charmante préfecture". L'indépendance se heurterait très vite à l'irrédentisme du Hainaut occidental, de la Gaume voire d'autres régions périphériques. Alors, de peur de se retrouver seuls, les Wallons s'acharnent à sauver une Belgique, de plus en plus dépouillée de "ses organes vitaux" sous la menace de sécession flamande. La patrie intellectuelle des Wallons Au lieu de chercher désespérément à bricoler quelque chose au nord, on pourrait se tourner vers le sud. Ce serait même notre inclinaison naturelle, déformée par 170 ans d'Histoire belge, selon la thèse de Gendebien. "Les Wallons ne désirent pas se constituer en nation parce que la France reste leur patrie intellectuelle, leur source d'inspiration politique et idéologique, écrit-il. Le lien commun entre tous les Wallons, entre les Wallons et les Bruxellois, c'est justement la culture française. " L'auteur note scrupuleusement tous les faits et déclarations qui rendraient un jour plausible la concrétisation de cette idée, en apparence un peu folle, du rattachement à la France. Des universitaires, des parlementaires et même des ministres y seraient aujourd'hui sensibles. Et le monde économique y est prêt : les filiales de groupes français réalisent déjà 37 % du chiffre d'affaire des cent plus grosses entreprises de Wallonie. Les groupes belges ne font que 24%... A ceux qui craignent pour les traditions et l'autonomie wallonnes, Gendebien assure que "la France n'est plus un monstre jacobin". La Wallonie serait une Région de France et les provinces des départements. Il ne dit pas si l'on "défusionnerait" les communes. Il détaille évidemment le sort de Bruxelles, le processus d'adhésion, les frontières (consultations populaires), le regard de l'Europe "qui préfère des partenaires fiables à une addition de micro États"... Préparons-nous à l'inéluctable Ce passage nécessitera évidemment de la patience et des transitions. On songe notamment aux systèmes d'enseignement, de sécurité sociale, de Justice... Alors, autant se préparer dès aujourd'hui à ce scénario "inéluctable". Paul-Henry Gendebien suggère de multiplier les accords culturels, économiques ou sociaux entre la Wallonie et la France, d'accentuer la coopération transfrontalière, d'imaginer un "bac" commun à la fin de l'école secondaire... Il faudrait aussi lutter un peu mieux contre la généralisation de l'anglo-américain à Bruxelles. Gendebien voit là une stratégie flamande pour tempérer la domination francophone dans la capitale. Idem pour les slogans multiculturels - la zinneke parade, par exemple - qui donnent "une image de tolérance et de respect des minorités" mais visent aussi à dissoudre la français, parlé par 85% des habitants, dans "une mosaïque de cultures". Laquelle mosaïque s'arrête net à 15 km de la Grand-Place, à Linkebeek ou Rhode-St-Genèse, les minorités, ça n'existe pas.
Christophe DE CAEVEL
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