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Electoralisme
quotidien, propagande orchestrée, populisme ordinaire : tel est
le spectacle donné par un gouvernement plus usé qu'il n'y paraît
par ses contradictions internes. Dans ce jeu de rôles affligeant, une
seule obsession : la lutte pour le pouvoir. Tout se calcule : ainsi du
« mariage de raison » entre le PS et Ecolo, un arrangement tactique
surtout destiné à masquer la forte envie socialiste de continuer la
Sainte Alliance avec le MR néo-libéral. En feignant d'embrasser les
verts pour mieux les étouffer, M. Di Rupo se dispense de tout
aggiornamento idéologique et peut garder sans trop d'états d'âme le
cap d'un social-libéralisme qui ratisse large.
Quant
à la stratégie visant à reconstruire un « Front des Francophones
» pour résister à la Flandre, elle demeure parfaitement verbale et
plutôt démagogique. Sur ce terrain, M. Ducarme excelle. Mais comment
lui faire comprendre que ce « Front », annoncé à cor et à cris en
1999, n'a jamais fonctionné dans la réalité ? Lors des accords de
la Saint-Polycarpe, il ne fut qu'une barricade en papier mâché
enfoncée au premier coup de boutoir flamand, et M. Maingain se plia
comme les autres. L'inefficacité du « Front » se vérifia à l'occasion
de l'adoption du rapport Nabholz par le Conseil de l'Europe. La
Flandre montra les dents et Louis Michel battit en retraite.
Le
« Front » n'a été jusqu'à présent qu'un processus munichois de
concessions défensives et de velléités naïves d'apaisement. Il n'a
produit que des déconvenues dès
lors qu'il se fonde, chez les francophones, sur l'illusion d'une perpétuation
du cadre belge.
Si
la pacification tant vantée n'a eu lieu, c'est parce qu'elle présupposait
un désir conjoint des deux partenaires. Or la Flandre, dont le
nationalisme s'avance masqué, n'en a pas moins parié sur
l'obsolescence fatale du régime. Un régime dont l'obstination qu'il
met à nier la question nationale ne parvient plus à empêcher
celle-ci d'être omniprésente, et de manière explosive. En nous
repassant le plat mal réchauffé
du « Front », MM. Di Rupo et Michel ne sont pas crédibles parce que
leur stratégie de colmatage belgiciste n'est pluscrédible.
M.
Van Cauwenberghe l'est-il davantage ? En face du plan offensif de M.
Dewael, le gouvernement wallon n'a aucune réponse. Lors de
la fête de Wallonie, il s'est contenté d'une propagande préélectorale
prématurée et déplacée. « La Wallonie est sauvée », assurent
ces Messieurs, sous prétexte que notre chômage se serait stabilisé.
Ils oublient seulement de rappeler qu'il atteint toujours un taux près
deux fois et demi supérieur à celui de la Flandre. Pour l'instant,
il n'augmente plus, certes, et c'est un motif de (modeste)
satisfaction. Mais
fallait-il s'autocongratuler bruyamment comme on le fit à Namur ?
Notre
tissu industriel demeure fragile, très dépendant de la conjoncture,
de décisions parfois prises au loin, des aides publiques. De très
fortes inégalités sociales subsistent (Lasne n'est pas Colfontaine),
et les écarts sous-régionaux ont tendance à s'aggraver, imposant
l'image d'une Wallonie à deux vitesses, avec des taches sombres
telles que le Borinage avec des taux de chômage supérieurs à 30 % !
Pour ne rien arranger, beaucoup de communes sont en préfaillite
financière (pour diverses raisons, telles la réforme improvisée des
polices, l'augmentation abusive des traitements des bourgmestres et échevins,
la chute du cours des produits forestiers, etc.).
Quand
à nos infrastructures publiques, elles ne sont pas en bon état :
nous accusons dix ans de retard pour l'entretien de notre réseau routier
et autoroutier, l'un des plus médiocres en Europe occidentale; quinze
ans de retard pour notre système d'épuration des eaux;vingt ans de
retard pour le dragage de nos canaux et cours d'eau navigables.
Faut-il souligner le sous-investissement constaté dans notre
réseau ferroviaire ? Sait-on par exemple que le voyage en train de
Charleroi à Bruxelles est plus lent aujourd'hui qu'en 1960 ?
Budgétairement
à la corde, la Wallonie et Bruxelles, tout comme la Communauté française,
ressemblent par trop à de petites «voïvodies » clientélistes.
Elles appellent un grand vent d'air frais et de renouveau. Il faut
refuser l'hypothèse du protectorat et oser l'ambition, celle d'un
projet de salut public. Poursuivant l'œuvre du mouvement wallon, nous
suggérons que la Wallonie et Bruxelles prennent définitivement en
main leur destin. L'option la plus raisonnable, celle de l'union avec
la France, nous permettra demain de garantir
notre avenir.
Avec
la France, nous choisissons aussi, délibérément, une autre
philosophie politique : la République. A nous d'abandonner sans vains
regrets un régime belgo-flamand débilitant, mélange douteux
d'oligarchie partisane et de monarchie décadente, un régime qui chloroforme
parce qu'il se nourrit de l'abaissement programmé du sens critique
des électeurs.
Le
redressement économique wallon reste une nécessité prioritaire,
mais il faut le doubler d'un changement politique radical. Wallons et
Bruxellois, refusez d'être les clients du pouvoir, osez redevenir
citoyens ! Car la République se mérite et se prépare d'abord dans
les têtes.
Redécouvrons
en nous-mêmes le goût de la vraie promotion sociale et de la création
artistique de haut niveau, l'audace de créer des petites
et moyennes entreprises, l'indépendance d'esprit républicaine plutôt
que le conformisme quotidien, le recours à la laïcité intégratrice
plutôt qu'aux communautarismes culturels et religieux incontrôlables.
Il s'agit de remettre en mouvement notre société menacée de surgélation
d'une part, d'implosion dramatique d'autre part en raison des
marginalisations croissantes.·
Paul-Henry
Gendebien
Président
du RWF-RBF
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