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Préparons la République !

              Carte blanche de P-H Gendebien  au journal "Le Soir"   17 octobre 2002

          

Electoralisme quotidien, propagande orchestrée, populisme ordinaire : tel est le spectacle donné par un gouvernement plus usé qu'il n'y paraît par ses contradictions internes. Dans ce jeu de rôles affligeant, une seule obsession : la lutte pour le pouvoir. Tout se calcule : ainsi du « mariage de raison » entre le PS et Ecolo, un arrangement tactique surtout destiné à masquer la forte envie socialiste de continuer la Sainte Alliance avec le MR néo-libéral. En feignant d'embrasser les verts pour mieux les étouffer, M. Di Rupo se dispense de tout aggiornamento idéologique et peut garder sans trop d'états d'âme le cap d'un social-libéralisme qui ratisse large.

Quant à la stratégie visant à reconstruire un « Front des Francophones » pour résister à la Flandre, elle demeure parfaitement verbale et plutôt démagogique. Sur ce terrain, M. Ducarme excelle. Mais comment lui faire comprendre que ce « Front », annoncé à cor et à cris en 1999, n'a jamais fonctionné dans la réalité ? Lors des accords de la Saint-Polycarpe, il ne fut qu'une barricade en papier mâché enfoncée au premier coup de boutoir flamand, et M. Maingain se plia comme les autres. L'inefficacité du « Front » se vérifia à l'occasion de l'adoption du rapport Nabholz par le Conseil de l'Europe. La Flandre montra les dents et Louis Michel battit en retraite.

Le « Front » n'a été jusqu'à présent qu'un processus munichois de concessions défensives et de velléités naïves d'apaisement. Il n'a produit que des déconvenues dès lors qu'il se fonde, chez les francophones, sur l'illusion d'une perpétuation du cadre belge.

Si la pacification tant vantée n'a eu lieu, c'est parce qu'elle présupposait un désir conjoint des deux partenaires. Or la Flandre, dont le nationalisme s'avance masqué, n'en a pas moins parié sur l'obsolescence fatale du régime. Un régime dont l'obstination qu'il met à nier la question nationale ne parvient plus à empêcher celle-ci d'être omniprésente, et de manière explosive. En nous repassant le plat mal réchauffé du « Front », MM. Di Rupo et Michel ne sont pas crédibles parce que leur stratégie de colmatage belgiciste n'est pluscrédible.

M. Van Cauwenberghe l'est-il davantage ? En face du plan offensif de M. Dewael, le gouvernement wallon n'a aucune réponse. Lors de la fête de Wallonie, il s'est contenté d'une propagande préélectorale prématurée et déplacée. « La Wallonie est sauvée », assurent ces Messieurs, sous prétexte que notre chômage se serait stabilisé. Ils oublient seulement de rappeler qu'il atteint toujours un taux près deux fois et demi supérieur à celui de la Flandre. Pour l'instant, il n'augmente plus, certes, et c'est un motif de (modeste) satisfaction. Mais fallait-il s'autocongratuler bruyamment comme on le fit à Namur ?

Notre tissu industriel demeure fragile, très dépendant de la conjoncture, de décisions parfois prises au loin, des aides publiques. De très fortes inégalités sociales subsistent (Lasne n'est pas Colfontaine), et les écarts sous-régionaux ont tendance à s'aggraver, imposant l'image d'une Wallonie à deux vitesses, avec des taches sombres telles que le Borinage avec des taux de chômage supérieurs à 30 % ! Pour ne rien arranger, beaucoup de communes sont en préfaillite financière (pour diverses raisons, telles la réforme improvisée des polices, l'augmentation abusive des traitements des bourgmestres et échevins, la chute du cours des produits forestiers, etc.). 

Quand à nos infrastructures publiques, elles ne sont pas en bon état : nous accusons dix ans de retard pour l'entretien de notre réseau routier et autoroutier, l'un des plus médiocres en Europe occidentale; quinze ans de retard pour notre système d'épuration des eaux;vingt ans de retard pour le dragage de nos canaux et cours d'eau navigables. Faut-il souligner le sous-investissement constaté dans notre réseau ferroviaire ? Sait-on par exemple que le voyage en train de Charleroi à Bruxelles est plus lent aujourd'hui qu'en 1960 ?

Budgétairement à la corde, la Wallonie et Bruxelles, tout comme la Communauté française, ressemblent par trop à de petites «voïvodies » clientélistes. Elles appellent un grand vent d'air frais et de renouveau. Il faut refuser l'hypothèse du protectorat et oser l'ambition, celle d'un projet de salut public. Poursuivant l'œuvre du mouvement wallon, nous suggérons que la Wallonie et Bruxelles prennent définitivement en main leur destin. L'option la plus raisonnable, celle de l'union avec la France, nous permettra demain de garantir notre avenir.

Avec la France, nous choisissons aussi, délibérément, une autre philosophie politique : la République. A nous d'abandonner sans vains regrets un régime belgo-flamand débilitant, mélange douteux d'oligarchie partisane et de monarchie décadente, un régime qui chloroforme parce qu'il se nourrit de l'abaissement programmé du sens critique des électeurs. 

Le redressement économique wallon reste une nécessité prioritaire, mais il faut le doubler d'un changement politique radical. Wallons et Bruxellois, refusez d'être les clients du pouvoir, osez redevenir citoyens ! Car la République se mérite et se prépare d'abord dans les têtes.

Redécouvrons en nous-mêmes le goût de la vraie promotion sociale et de la création artistique de haut niveau, l'audace de créer des petites et moyennes entreprises, l'indépendance d'esprit républicaine plutôt que le conformisme quotidien, le recours à la laïcité intégratrice plutôt qu'aux communautarismes culturels et religieux incontrôlables. Il s'agit de remettre en mouvement notre société menacée de surgélation d'une part, d'implosion dramatique d'autre part en raison des marginalisations croissantes.·

Paul-Henry Gendebien

Président du RWF-RBF

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