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REGARDONS PARIS, SANS COMPLEXE

Passionné mais lucide, Gendebien, commente cette Présidentielle à laquelle il aimerait tant que les Wallons, devenus Français, puissent participer

 

Interview parue dans les journaux du groupe "Vers l'Avenir" le 29/04/2002

 



    Avez-vous toujours envie d'unir la Wallonie à un pays qui donne autant de voix à Jean-Marie Le Pen ?

 

    La France n'est tout de même pas devenue un pays fasciste. l'extrême droite n'a guère monté par rapport à 1995. Cela dit, Le Pen au second tour, c'est un électrochoc. La France réagit très bien. Les gens manifestent, certes un peu tard, mais ils bougent. La convergence de toute la classe politique est extraordinaire. Depuis plus de 10 ans, elle maintient Le Pen dans l'isolement.

 

    Sur le cantonnement de l'extrême droite, n'est-ce pas plutôt la France qui doit prendre des leçons chez nous ?

 

    Notre bonne conscience me paraît excessive. L'extrême droite fait 11% à Charleroi et y a un député. Un certain populisme dans d'autres partis permet le défoulement protestataire. Mais c'est fragile. Le potentiel est là : si un chef charismatique arrivait avec une organisation performante, nous serions mal à l'aise.

 

    Nous réagissons plus au score de Le Pen qu'à ceux du Vlaams Blok. Pourquoi ? 

 

    Quand le Vlaams Blok a atteint 33% à Anvers, la Belgique francophone n'a pas manifesté. Cette fois, les gens ont bougé ici et dans toute l'Europe. Ils ont ainsi montré que ce qui se passait en France les touchait personnellement. Ces manifestations spontanées montrent un attachement à la France, référence des droits de l'Homme et de la démocratie. 

 

    Est-ce pour cela que les élections françaises nous intéressent tant ? 

 

    Les thèmes, les lames de fond de notre vie politique viennent de Paris : 1830 se situe dans la foulée des Trois glorieuses ; la Commune, le Front populaire ou Mai 68 ont eu des répercussions chez nous. Nous lisons les mêmes journaux, regardons les mêmes télévisions. 

 

    Et c'est encore plus fort avec la Présidentielle...

 

    C'est un très haut degré de démocratie que d'élire le chef de l'État. Toutes les nuances de l'échiquier politique peuvent s'exprimer, alors que chez nous les petites listes sont exclues des antennes. Cela dit, la cohabitation nuit à l'esprit de la Ve République. La dualité à la tête de l'État neutralise, édulcore. Mais cela semble plaire. On va donc vers une VIe République qui, soit rendra la prépondérance aux partis et au Parlement, soit accentuera le caractère présidentiel comme aux États-Unis. L'électrochoc brutal et triste de dimanche dernier devrait accélérer cette adaptation institutionnelle. 

 

     La France fascine certes, mais sa condescendance irrite aussi...

 

    Moi, je ne me sens pas irrité. Cette condescendance n'est que le revers de notre complexe d'infériorité. C'est à cause de cela que des Belges ressentent mal une certaine forme d'humour français, pas toujours très spirituelle, j'en conviens. Admettons aussi que nous prêtons le flanc à la critique, avec notre repli sur notre clocher. Quand j'étais en poste à Paris, j'ai vécu des visites ministérielles. Si les Québécois étaient toujours parfaitement à l'aise, ce n'était pas le cas de certains ministres wallons coincés dans leur provincialisme. 

 

    Si nos élus sont complexés face à Paris, ils ne voteront jamais le rattachement...

 

    Pour les meilleurs, l'intégration se fera naturellement. Mais d'autres s'accrochent aux avantages du système belge, du clientélisme et, en Wallonie, le saupoudrage des subsides. Nous avons besoin d'un vrai projet de société avec une vraie volonté étatique. 

 

    C'est le but du Contrat d'avenir pour la Wallonie...

 

    C'est un catalogue gestionnaire sans plus.

 

    Avec Chirac, Jospin et bien sûr Le Pen, on reste loin de la stature de De Gaulle ou Mitterrand. Ne fondez-vous pas trop d'espoir en la France ?  

 

    Ce n'est pas la question d'un homme mais d'une société, d'un ensemble étatique, d'un dynamisme Avec ses hauts et ses bas, la France reste la France. Elle a suffisamment de ressources pour toujours rebondir. Cela dit, ne faisons pas de la France un pays mythique comme les compagnons de route idéalisaient autrefois l'URSS. Devenir Français ne nous dispenserait en rien de continuer nos efforts de redressement économique et moral. 

 

 

Christophe DE CAEVEL

 


 

 

 

"J'aurais voté Chevènement" 

 

 

    Comment expliquez-vous le très faible score des "gros" candidats ? 

 

    Il indique une triple crise de légitimité :

  1. Crise des idéologies. Dans une société avec une immense classe moyenne, l'opinion se regroupe au centre, les idéologies s'érodent : le socialisme devient libéral (Jospin a privatisé 3 fois plus que Juppé) et le libéralisme se pare de vertus sociales 

  2. Crise de l'Europe. L'opinion rejette une Europe sans projet, sans âme et sans responsable. La Commission est l'expression de cette déshumanisation de l'Europe. Elle est devenue l'instrument de la mondialisation et a fait du marché la priorité de la construction européenne. Ce n'est pas ce qu'attendent les citoyens.

  3. Crise de l'État. Le citoyen est devenu méfiant à l'égard des canaux institutionnels, préférant les associations. Cette protestation sans responsabilité est néfaste pour la démocratie. Il faut restaurer les liens normaux de la citoyenneté (élus, syndicats...). Si l'État n'est pas légitime, on peut le dégraisser et privatiser les pensions, la santé voire l'éducation. 

    Pour qui auriez-vous voté au premier tour ? 

 

    Jean-Pierre Chevènement est le seul qui apportait une réponse à ces trois défis. 

 

    Il est aussi le seul à évoquer le rattachement  

 

    Ce n'est pas déterminant. Même sans cela, je l'aurais choisi car c'est un homme de progrès, de droiture et qui a une stature d'homme d'État. Ceci n'engage que moi et pas mon parti évidemment.

 

    Et au second tour ? 

 

    Sans l'ombre d'une hésitation, il faut voter Chirac, non pas pour l'homme, mais pour la République et la démocratie.

 

 

 

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