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LE SENTIMENT RÉUNIONISTE EN WALLONIE



" Cent soixante-douze ans d’existence n’ont pas modifié la définition de la Belgique : une identité insaisissable, un Etat improbable, une Nation introuvable ", estime Paul-Henry Gendebien, président du R.W.F. (Rassemblement Wallonie-France). Et aujourd’hui, face à la volonté des Flamands de constituer un Etat indépendant, la question de l’éclatement de la Belgique est posée. Que deviendra alors la Wallonie ? Une mini-Belgique ? Ou bien préférera-t-elle se réunir à la France ? Et la France serait-elle prête à accueillir la Wallonie ? L’allocution de Paul-Henry Gendebien au colloque du FFI-France, à Paris, le 19 juin 2002, explore ces hypothèses.



Francosphère

LE SENTIMENT REUNIONISTE EN WALLONIE

par Paul-Henry GENDEBIEN, président du R.W.F. (Rassemblement Wallonie-France).

  1. La Belgique, une création diplomatique

  2. Un Etat divisé contre lui-même

  3. Un Etat inutile

  4. Que veulent les Wallons ?

  5. L’échec du fédéralisme belge renforce le courant réunioniste en Wallonie

  6. Réplique à ceux qui nous qualifieraient de " rêveur naïf "

  7. Avantages de la réunification, pour la France et pour la Wallonie

  8. La Belgique, fer de lance de l’idéologie post-nationale

  9. La Wallonie doit résister et commencer à se " débelgifier "

  10. La France doit sortir de son hypnose et la Francophonie doit redevenir militante



1 - LA BELGIQUE, UNE CRÉATION DIPLOMATIQUE

Cent soixante-douze ans d’existence n’ont pas modifié la définition de la Belgique : une identité insaisissable, un Etat improbable, une Nation introuvable.

Paradoxe : c’est à la France que l’on doit la première unification administrative de ces populations diverses, aux allégeances multiples, dont la République et l’Empire firent neuf départements, soit par adhésion volontaire, soit par annexion. Et c’est dès 1789 qu’apparaissent les premières manifestations d’un sentiment politique pro-français dans nos provinces ; du moins dans celles qui sont de langue française.

À la chute de l’Empire, le Congrès de Vienne attribue d’autorité ces neuf départements au royaume des Pays-Bas. Mais l’amalgame belgo-hollandais est un échec et c’est, en 1830, la séparation, à la suite de quelques émeutes plus ou moins improvisées.

La " révolution " belge de 1830 se situe dans le prolongement direct et immédiat des journées de juillet 1830 à Paris. À Bruxelles et en Wallonie, la bourgeoisie francophone qui dirige les événements a les yeux tournés vers la France : comme le peuple, elle songe à la réunion, à la réunification. Et si celle-ci n’est pas possible, on ira jusqu’à offrir le trône belge au duc de Nemours, le jeune fils de Louis-Philippe.

Mais le contexte international étouffera bien vite les velléités réunionistes. À la conférence de Londres, l’Europe (surtout l’Angleterre et Talleyrand) imposera la constitution d’un Etat intermédiaire, un état-tampon, soumis à un régime de neutralité diplomatique, et garanti par le concert des puissances européennes.




   

 

 

 

 

 

 

 

Photo : Paul-Henri GENDEBIEN et l'ancien Ambassadeur Albert SALON, Président du FFI-FRANCE

2 - UN ÉTAT DIVISE CONTRE LUI-MÊME

Dans ce nouvel Etat, dont la population est majoritairement flamande, c’est la bourgeoisie francophone qui dirige un régime libéral, et censitaire. Le monde flamand, avec ses revendications culturelles d’abord, politiques ensuite, prend son élan depuis le milieu du XIXe siècle. L’avènement du suffrage universel en 1919 et la conquête du pouvoir politique et économique par la Flandre aboutiront, au milieu du siècle précédent, à
la prise de contrôle de l’Etat belge composé (ce sont les chiffres actuels) de 6 000 000 de Flamands, de 4 300 000 francophones, et de 70 000 allemands établis dans deux cantons orientaux.

Au Parlement, la majorité absolue est flamande. Au Gouvernement, le Premier ministre a toujours été flamand depuis 1973.



 

 

 

 Sur la photo, de g. à dr. : l'Ambassadeur de France Bernard DORIN, Paul-Henri GENDEBIEN et Albert SALON, Président du FFI-FRANCE


Entre 1945 et 2002, cette fonction est exercée par un Wallon pendant 3 ans et demi, par un flamand pendant 54 ans ! Au gouvernement régional bruxellois, pour une population francophone à 85 %, la minorité flamande détient la parité, ainsi qu’un droit de veto.

Nous voici en face d’un Etat constitué de deux grandes sociétés distinctes, de plus en plus distinctes, aux intérêts de moins en moins conciliables, dépourvues de tout parti politique " national ", un Etat qui ne cesse de se réformer depuis 40 ans, de se recomposer ; en fait de se décomposer et de se disloquer.

Régionalisation et ensuite fédéralisation se sont faites au détriment du pouvoir central et de sa cohérence institutionnelle, et donc au détriment de la cohésion de ce qui subsiste encore comme espace commun. La conjonction du double mouvement vers la régionalisation et vers l’européanisation s’est encore aggravée par la volonté flamande d’obtenir en sa faveur un différentiel fiscal et social, ajoutant au vieux nationalisme culturel flamand, un séparatisme de région riche constaté par ailleurs en Europe (Catalogne, Ligue du Nord en Italie, etc.).

Aujourd’hui, la menace la plus lourde vient de la volonté flamande de conquérir Bruxelles, cette pomme de discorde cruciale, à savoir un million d’habitants (dont 85 % sont francophones, il faut le répéter), enclavés en territoire flamand, Bruxelles dont la Flandre a fait sa propre capitale régionale, en attendant d’en faire la capitale d’un Etat flamand indépendant.


3 - UN ÉTAT INUTILE

On le voit bien : cet Etat hétéroclite, assemblage hasardeux, n’est qu’un accident de l’Histoire européenne.

Alors que la France a été une construction politique délibérée, une création volontaire du prince et du peuple français, la Belgique quant à elle, n’a été qu’un artefact produit par la diplomatie en 1830 afin d’éviter une nouvelle guerre européenne, qui eut ramené le continent 20 ans en arrière…
Comme Etat neutre, la Belgique a eu quelque utilité jusqu’en 1914. Les guerres du XXe siècle, la nouvelle donne européenne, la réconciliation franco-allemande ont effacé l’utilité et donc la nécessité de l’artefact belge.

Sa disparition ne gênerait pas l’Europe. Et pour les Wallons, soumis au protectorat belgo-flamand, elle apporterait un soulagement.

J’en suis conscient : ces propos peuvent susciter ici un malaise. Beaucoup de Français « moyen » pensent que la Belgique est toujours celle d’Albert 1er, au lendemain de la guerre de 1914-1918. Et puis il nous arrive parfois d’entendre ceci " Tiens ! Vous ne parlez pas belge ? ! "
Et surtout, la France étant ce qu’elle est, comment les Français pourraient-ils imaginer qu’un Etat ne soit pas une Nation, et pire encore, que la fin de cet Etat soit lentement mais sûrement programmée ?

Le " suicide belge " est un processus inouï pour les Français, d’autant plus que la France s’est bâtie à la force du poignet, par une volonté cent fois remise sur le métier, où l’Etat précède et crée en quelque sorte la Nation, une nation à laquelle les citoyens adhèrent volontairement (le plébiscite quotidien cher à Renan), une nation qui, en retour, ne cesse de conforter, d’irriguer, de vivifier l’Etat, surtout lorsque s’exercent la fusion et l’intégration républicaines.

Rien, absolument rien de tout cela en Belgique où l’Etat ne suscite que méfiance, où l’Etat n’est que juxtaposition de populations arbitrairement accouplées, et cohabitation d’intérêts contradictoires.

Voilà pourquoi la France peine à appréhender la dualité belge, le malheur belge né d’un conflit de nationalités, la non-concordance entre Etat et nationalité.
Par conséquent, la France semble redouter une désagrégation de l’Etat belge… Pourtant, il faudra qu’elle s’y fasse.

En Belgique, on s’habitue à cette idée, qui n’est pas neuve.

Léopold 1er, le premier roi, disait en 1859 : " Les Belges n’ont pas de nationalité, et compte tenu de leur caractère, ils n’en auront jamais ".

Amélie Nothomb, sujet belge, s’exprimait ainsi chez Bernard Pivot : " Quand on parle du Japon, cela suscite de l’admiration… Quand on évoque la Belgique, cela provoque l’hilarité ".
La Belgique ne serait donc qu’une " histoire belge " grandeur nature. La Flandre se sent une vocation étatique, elle aspire à l’indépendance (Een Vlaams Staat in Europa), elle est une nation. La Wallonie, elle, se considère seulement comme une région.

4 - QUE VEULENT LES WALLONS ?

Peu optimistes quant à l’avenir de la Belgique, ils s’accrochent pourtant, autant qu’ils le peuvent, à la Belgique. Par loyauté mal comprise, ou par résignation. Mais surtout pour des raisons économiques. Pour partie, la sécurité sociale dépend des transferts financiers en provenance de la Flandre. Ils n’en seront pas moins confrontés, un beau jour, à la réalité de la partition.

Les 3,3 millions de Wallons sont une population homogène, de langue française (sauf 70 000 Allemands). Par la langue et par la culture, certes, mais aussi par le mouvement des idées, par un attachement puissant aux mêmes valeurs, par l’histoire, par la géographie, par l’économie, la Wallonie est consubstantiellement liée à la France.

Au cours des dernières décennies, les Wallons n’ont pas vraiment revendiqué autre chose que l’autonomie régionale, et en tout cas, pas l’indépendance. La Wallonie ne connaît pas de tentation nationaliste, et l’extrême droite, jusqu’à présent, y est faiblement présente, alors qu’en Flandre, le nationalisme est omniprésent dans les partis et que le Wlaams Blok néo-fasciste et indépendantiste approche les 20 % et pourrait être demain le deuxième parti (il est déjà le premier à Anvers, avec 33 %).

Les Wallons n’expriment ni sentiment nationaliste, ni vocation étatique, car ils n’en ont ni la tradition ni le désir. La vraie raison en est peut-être ceci : c’est qu’ils savent bien, au cas où la Belgique disparaîtrait, qu’ils ne sont nullement condamnés à rester isolés ou orphelins en Europe pour cette bonne et simple raison qu’ils procèdent de la France, d’une France toute proche à tous égard, qui est un pays de remplacement, une assurance-vie pour l’avenir, une nation de rechange.

L’osmose entre Wallonie et France remonte très loin dans le temps.

Dès le XIIe siècle, par inclination naturelle, sans pression politique, spontanément, les Wallons choisissent de parler la langue du petit royaume né en île de France. Ce choix est le même de Tournai à Mons, de Namur à Liège, alors que Liège est d’Empire germanique. Voilà le fait majeur, extraordinaire. Par cette liaison librement consentie, nous sommes Français avant les gens d’Occitanie et de Bretagne, avant ceux d’Alsace et de Corse ! Et nous n’avons pas eu besoin de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) pour que le français devînt partout la langue officielle, celle des actes publics.

La Wallonie n’est qu’un morceau de France égaré hors de France en raison des guerres et des traités. Les frontières n’ont aucun sens, elles ont changé plus de vingt fois en quatre siècles. Frontières au demeurant parfaitement perméables à tous les courants idéologiques, littéraires, religieux, sociaux, venus de France.

Quoi d’étonnant dès lors à ce qu’un fort sentiment francophile et réunioniste se soit développé, depuis longtemps, en Wallonie ?
La France n’a cessé d’influencer l’esprit public en Wallonie, d’où la méfiance officielle de tout régime belge à l’égard de Paris.

Cette porosité, cette osmose, on les a vues en 1789, en 1830, puis avec les mouvements politiques et sociaux (libéralisme, socialisme, christianisme social) qui naquirent au XIXe siècle. Tout au long du XXe siècle, le cœur des Wallons parle en faveur de la France.

En 1911, des dizaines de milliers de Wallons inaugurent ensemble le monument surplombé d’un coq qui, à Jemappes, célèbre le souvenir de la grande bataille libératrice (1792).

Dans les années 1930, le mouvement wallon organise de grands pèlerinages politiques à Waterloo.

En 1937, la ville de Liège décide de fêter (et cela continue de nos jours) en grande pompe le 14 Juillet, car on veut ainsi protester contre la politique de neutralité – et donc de complaisance équivoque – décidée par Léopold III et son ministre Spaak.

En 1945, alors que de Gaulle jouit en Wallonie d’une immense popularité, un grand Congrès National Wallon vote pour la réunion à la France, avant de se résigner à réclamer le fédéralisme.

Et en 1950, au moment des manifestations anti-royalistes, ou en 1960 lors des grandes grèves sociales, le peuple entonne souvent et spontanément la Marseillaise…

Et puis, plus récemment, en novembre 1999, c’est la création, pour la première fois, d’un parti politiquement réunioniste…


5 -
L'ÉCHEC DU FÉDÉRALISME BELGE RENFORCE LE COURANT RÉUNIONISTE EN WALLONIE

Le régionalisme et le fédéralisme furent des étapes nécessaires dans le mouvement de rejet à l’égard d’un Etat belge dominé par la majorité flamande, laquelle a refusé d’aider la Wallonie à sortir de la crise industrielle grave des années 60-70.

L’échec du fédéralisme belge est évident : il n’aura été qu’un mode de gestion du conflit de nationalités, et non pas un mode de règlement de ce conflit.

Le nationalisme flamand continue d’étouffer l’Etat belge.
Il n’y a pas de pacification. Les grands déséquilibres fondamentaux persistent. La langue française est étouffée dans les communes de la banlieue de Bruxelles, avant d’être mise sous tutelle à Bruxelles même.

Les compromis institutionnels sont obscurs, fragiles, temporaires.
Les revendications flamandes se multiplient à nouveau : l’objectif est de couper en deux la sécurité sociale, la fiscalité des entreprises, les postes et les chemins de fer.

Les fonctions régaliennes sont en débandade, l’Etat se fissure, rongé par une mérule insidieuse et mortelle, l’espace commun se rétrécit comme peau de chagrin.

Implicitement ou explicitement, le mouvement flamand prépare l’indépendance.

Que faire des 3,3 millions de Wallons et d’un million de Bruxellois ?

Une mini Belgique résiduelle et francophone n’est pas viable et les Wallons n’en voudront pas.
Une République wallonne ne serait pas prise au sérieux, par les Wallons eux-mêmes.

Reste une seule solution, à la fois raisonnable et pacifique :

La Wallonie, 23e région de France avec six départements.
Bruxelles, 24e région, avec le cas échéant un statut spécial inspiré de celui de l’Alsace pour la minorité flamande, et des facilités pour l’exercice des fonctions européennes et internationales de cette grande ville.
Pour les communes contestées autour de Bruxelles, et pour les 70 000 germanophones, une consultation démocratique sous contrôle international.


6 - RÉPLIQUE À CEUX QUI NOUS QUALIFIERAIENT DE "RÊVEUR NAÏF"

J’entends déjà les sceptiques, les " réalistes " s’écrier : Quelle illusion, quelle naïveté, quelle invraisemblance !

Les mêmes eussent sans doute pensé que c’était folie, en 1967, de crier " Vive le Québec libre ! ", que c’était absurde en 1940, d’oser proclamer le devoir de résistance.

Et pourtant, l’idée d’une Wallonie française fut acceptée dans les années 1960 par Charles de Gaulle, et par quelques autres depuis, notamment par le courageux et clairvoyant J.-P. Chevènement.

Est-il vraiment " irréaliste " d’envisager aujourd’hui la fin de l’Etat belge, alors qu’en 1989 encore pratiquement personne ne pressentait le décès de l’Allemagne de l’Est et la réunification allemande, la disparition de la Tchécoslovaquie, la mort de l’URSS, l’implosion de la Yougoslavie.

Demain, la réunification française.

L’Europe fera semblant de s’intéresser à l’affaire. Elle assistera impuissante aux soubresauts d’un Etat, observera sa phase terminale, mais ne pourra rien faire, pas plus qu’elle ne fit pour toutes les grandes mutations dont on vient de parler.

L’Europe, on le sait, n’est en effet qu’un assemblage d’Etats, doublé d’une bureaucratie de mandarins. Elle n’aura qu’une seule crainte : la possible balkanisation, désordonnée, des territoires belges, suivie de la création de micro-Etats, d’Etats-confettis.
La solution française pour la Wallonie et Bruxelles enlèvera une épine hors du pied de l’Europe. Celle-ci en sera soulagée et s’empressera de ratifier cette solution paisible faute d’avoir pu la prévoir et l’organiser. Solution qui, on le verra, favorisera l’équilibre européen. Aujourd’hui, l’irréalisme ne serait-il pas de s’aveugler sur la désagrégation continue de la fédération belge ?

7 - AVANTAGES DE LA RÉUNIFICATION, POUR LA FRANCE ET POUR LA WALLONIE

Qui se souvient qu’un Etat ait jamais refusé un accroissement acquis de manière pacifique ?
La France aurait tout intérêt à accueillir la Wallonie et Bruxelles. C’est un gain démographique de 4,3 millions d’habitants, soit 7 % de sa population, qui dépasserait ainsi les 65 millions.

C’est un appoint territorial, économique, géopolitique et culturel.

C’est un contrepoids à la réunification allemande et au renouveau de l’influence de Berlin en Europe, surtout dans la perspective du vaste élargissement qui se prépare. Une France plus forte, plus confiante pour elle-même et pour toute l’Europe latine, c’est en vérité une France mieux à même de renouer un dialogue fertile avec l’Allemagne, c’est en un mot l’une des conditions d’un meilleur équilibre européen.

Bruxelles avec la France, c’est une grande ville d’un million d’habitants qui demeure dans le giron de la francité et de la Francophonie. C’est une meilleure garantie du maintien de la langue française comme langue importante dans le concert européen et dans les institutions communes. C’est une chance de voir Bruxelles se mettre au service, non pas de l’anglo-américain, mais de la diversité culturelle de notre continent.

À vrai dire, ce serait un atout et un bénéfice pour la France, comme pour l’Europe.

Pour la Wallonie, une réunion à la France ne serait pas sans apporter d’immenses avantages :

  • La sécurité à tous égards, notamment sur le terrain économique et social.

  • Un autre régime, la République.
  • Un Etat solidaire que l’on peut respecter.
  • Et surtout une Nation dont on peut être fier.

Israéliens et Palestiniens, Irlandais, Baltes, Slovènes, Slovaques, Tchèques, tous (et bien d’autres) ont été considérés, à juste titre, comme ayant droit à une patrie. Refuserait-on ce même droit aux Wallons, celui de se choisir librement un pays, une patrie à aimer ?


8 - LA BELGIQUE, FER DE LANCE DE L'IDÉOLOGIE POST-NATIONALE

Les élites belges officielles ont vraiment tenté, au siècle précédent, de créer une hypothétique mythologie nationale autour du concept ridicule de belgitude, destiné notamment à occulter l’appartenance française de la Wallonie et à consolider le protectorat d’une majorité flamande dominatrice et sûre d’elle-même.

Cette tentative belgiciste ayant échoué, on a alors assisté à une autre tentative curieuse, celle d’associer la dualité belge à l’abaissement du concept même d’Etat-Nation. Le discours est le suivant : l’affaiblissement de l’Etat belge n’est pas dramatique, car sa vocation est de se fondre et de disparaître dans l’Europe. On en vient à déclarer, dans les sphères du pouvoir, que l’Etat-nation est quelque chose de désuet, de ringard, que le concept d’Etat-Nation est littéralement dépassé, voire obscène et suspect, et en tout cas politiquement incorrect. D’où la dérive vers l’européisme à outrance, le néo-libéralisme et l’acceptation de la mondialisation…

Tout se passe comme si les élites gouvernementales belges, conscientes de l’inexistence de la Nation et averties de la maladie fatale de l’Etat, en étaient venues à rechercher une issue honorable dans une Europe fédérale, une Europe idéalisée, nimbée de 9e symphonie, une Europe qui serait aussi la nécropole des nations défuntes.

La Belgique est donc devenue la terre d’élection de l’idéologie post-nationale et de l’européisme le plus systématique.
Une partie des élites françaises a aussi tendance à tenir le même discours.
En Belgique, ce thème a également un usage interne : faire accroire aux Wallons que le nationalisme flamand n’est pas vraiment dangereux car il ne fait que précéder et préparer l’avénement du couple régions-Europe dans lequel pourra se dissoudre un jour et sans heurts un Etat belge devenu obsolète, tout comme les autres Etats d’ailleurs…


9 - LA WALLONIE DOIT RÉISISTER ET COMMENCER À SE "DÉBELGIFIER"


La dérive post-nationale constatée en Belgique est clairement refusée par le mouvement wallon. Ce ne fut pas toujours le cas. Aujourd’hui, nous ne croyons pas que l’intérêt de l’Europe serait de se construire sur des Etats faibles, dépouillés de leur colonne vertébrale, de leur légitimité démocratique et de leurs caractères nationaux.

La Belgique nous prive d’une identité nationale. Et de surcroît elle est concurrencée par un rival chaque jour plus puissant, l’Etat flamand en devenir.

Un jour, les Wallons seront confrontés à la partition.
Ils commencent à s’interroger sur leur avenir.
De plus en plus nombreux sont ceux qui pensent que le choix de la France sera le bon choix. Ils n’ont pas du tout envie de constituer un deuxième Etat francophone en Europe. Ils préfèrent rejoindre la matrice originale, plutôt que d’en faire une mauvaise copie.
Le fruit en sera l’appartenance à un grand espace politique, culturel, économique et une large ouverture sur le monde.

Dans l’immédiat, notre tâche est rude : commencer à " débelgifier " les Wallons, leur rendre leur vraie carte d’identité qui est française. Et ainsi leur permettre de partager un vrai destin. C’est une ardente obligation à laquelle nous avons l’audace de nous soumettre avec fierté.

Karl Marx croyait pouvoir dire que " les Hommes font l’Histoire, mais ils ne savent pas quelle Histoire ils font ". Nous avons la prétention de vouloir démentir cela. L’Histoire que nous voulons écrire avec les Français, c’est notre propre Histoire. Vous le savez bien, de Gaulle nous manque. Ecoutons-le toujours : rien n’est perdu, disait-il, si nous refusons de nous abandonner à la fausse fatalité de l’Histoire.


10 - LA FRANCE DOIT SORTIR DE SON ÉTAT D'HYPNOSE ET LA FRANCOPHONIE DOIT REDEVENIR MILITANTE

Le nouveau parti que j’ai l’honneur de présider, le R. W. F. (Rassemblement Wallonie-France) a été fondé il y a deux ans et demi. Il sera présent pour la première fois aux élections législatives, en juin 2003. Nous allons, nous tenons déjà un discours radical. Si la Francophonie sommeille aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’il y a un certain sommeil là où il y eut l’ardeur et le combat, au Québec dans les années 60 et 70, au Jura suisse, au Val d’Aoste, à Bruxelles, en Wallonie au même moment.

La Francophonie souffre de cet endormissement. La Francophonie a besoin de se ressaisir et de repartir au combat. Car si elle se contente de la gestion ordinaire des affaires, elle s’affadira et notre trésor commun perdra de sa valeur, de sa force d’attraction : ce trésor menacé, c’est notre langue partagée, notre culture, et toutes les valeurs spirituelles, humaines, démocratiques et libératrices qu’elles portent.

La Francophonie périra si elle ne redevient pas militante.

À la France aussi, je demande qu’elle porte à nouveau son message que le monde et l’Europe attendent d’elle. Mais le sait-elle encore ?

Donc je dis : que la France se tienne debout. Qu’elle sorte de son apparente hibernation. Et qu’elle nous écoute, en particulier nous autres Wallons, peut-être trop près d’elle-même, trop peu exotiques, trop peu visibles.

La Wallonie demande un signal de la France. Et j’ose lui demander ceci encore : de se défaire de son vieux complexe de Waterloo, celui qui lui fait redouter de déplaire à qui que ce soit à l’Europe…

Avec le retour de la Wallonie, la France pourrait connaître une cure de rajeunissement, car elle croirait à nouveau en elle ; elle saurait à nouveau parler de liberté au reste de l’Europe ; elle ne rougirait plus d’être ambitieuse pour ce qui est de la culture, des droits de l’Homme, et la justice internationale.

La France refusera-t-elle d’intégrer la Wallonie, c’est-à-dire un supplément de France ? En un mot, la France refusera-t-elle un supplément de République ?


Paul-Henry GENDEBIEN
Président du Rassemblement Wallonie-France (RWF)

Paris, le 19 juin 2002, au Centre culturel André Malraux

Préparons la République La Belgique a mal à la Patrie
 


Rassemblement Wallonie-France