|
La nouvelle
politique est mort‑née depuis longtemps. Et la Wallonie n'échappe pas,
bien au contraire, à ce diagnostic. Elle le paie très cher : lotissement
partisan de la fonction publique en vertu (si l'on peut dire) du
calamiteux « système des points », saupoudrage inefficace des subsides et
des financements publics, quadrillage politico‑affairiste des
intercommunales et des invests...
On pense par
exemple au cas du bassin de Liège dont la reconversion est compromise par
un déficit grave de responsables politiques d'envergure. Une certaine
persistance de la crise économique (et morale) de la Wallonie ne peut pas
s'expliquer autrement que par le fonctionnement médiocre du système
politique dans cette région. C'est d'autant plus vrai que les structures
économiques de la Wallonie demeurent fragiles et fortement dépendantes des
humeurs de la conjoncture.
La
particratie est donc ici très coûteuse, sans doute plus coûteuse encore
qu'ailleurs. Les ministres du gouvernement wallon sont pléthoriques et le
Parlement, préoccupé avant tout par des intérêts localistes, ne les
contrôle pas suffisamment. L'oligarchie des partis pouvoiristes repose
elle‑même sur une pyramide de clans et de féodalités de plus en plus
familiales.
Ce régime
des partis pèse outrageusement sur l'économie wallonne, mais il menace
aussi l'avenir de la démocratie. Le clientélisme forcené, le dépérissement
de l'esprit public pourraient produire une dépolitisation accrue, une
montée de l'abstentionnisme, et des votes plus nombreux en faveur des
partis extrémistes (de droite ou de gauche) à l'occasion des élections.
Par
le biais d'une application extensive de l'autonomie constitutive, la
Wallonie devrait dès lors se livrer à un électrochoc et se soumettre
délibérément à des réformes radicales de son système politique. Par
exemple :
1. Election
directe du ministre-président de la Région wallonne, au suffrage
universel à deux tours. L'objectif est de lui donner une légitimité et une
autorité qui lui manquent actuellement.
2. Election
des 75 députés régionaux wallons dans 75 circonscriptions distinctes, avec
scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Il faut rendre au législatif
wallon son indépendance et son pouvoir d'initiative. Le système
majoritaire, sans être parfait, peut favoriser l'élection de candidate
ayant une personnalité suffisante pour s'imposer au premier tour ou pour
rassembler au deuxième.
3. Instauration
du référendum d’initiative populaire sur le modèle helvétique.
4. Réduction
du nombre de ministres : cinq maximum, dont deux femmes obligatoirement.
5.
Pas de mandate ministériels pour plus de deux législatures.
6. Suppression
des cabinets ministériels, à remplacer par une cellule administrative ne
dépassant pas 10 personnes.
7. Interdiction
des cumuls de mandate politiques et déclaration obligatoire de patrimoine.
8. Impossibilité
légale de se faire élire dans une assemblée et de siéger dans une autre.
9. Suppression
des provinces, leurs compétences allant à la Région et aux communes.
10. Création
d'une Cour des comptes régionale constituée d'experts totalement
indépendants des partis et des pouvoirs. Au-delà, il importe de « « repolitiser »
les Wallons avec l'aide de l'école, des forces sociales, de la presse.
II s'agira
aussi de lutter contre la brutalité des rapports sociaux, contre
l'individualisme contre l'hédonisme. Les citoyens doivent se réinvestir
dans les institutions.
Et, dans
cette perspective, pourquoi ne pas évoquer l'idée de la création d'un
service civil d'un mois pour tous les jeunes entre 16 et 25 ans (garçons
et filles).
Il s'agit de
« resocialiser » une jeunesse qui doit trop souvent choisir entre
l'exclusion sans espoir et la réussite à n'importe quel prix dans
un climat de compétition et de rivalité.
Paul‑Henry
Gendebien, ancien député et actuel président du RWF (Rassemblement
Wallonie-France), réagit à son tour au débat politique soulevé par le
livre du trio Destexhe‑Eraly‑Gillet (Démocratie ou particratie ? Labor,
2003)
|