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La particratie, une plaie pour la Wallonie !, par Paul-Henry Gendebien

(Journal L'Echo - 11 décembre 2003)  


La nouvelle politique est mort‑née depuis longtemps. Et la Wallonie n'échappe pas, bien au contraire, à ce diagnos­tic. Elle le paie très cher : lotissement partisan de la fonction publique en vertu (si l'on peut dire) du calamiteux « système des points », saupoudrage inefficace des subsides et des financements publics, quadrillage politico‑affairiste des intercommu­nales et des invests...

On pense par exemple au cas du bassin de Liège dont la reconversion est compromise par un déficit grave de responsables politi­ques d'envergure. Une certaine persistance de la crise économique (et morale) de la Wallonie ne peut pas s'expliquer autrement que par le fonctionnement médiocre du système politique dans cette région. C'est d'autant plus vrai que les structures économiques de la Wallonie demeurent fragiles et fortement dépendantes des humeurs de la conjoncture.

La particratie est donc ici très coûteuse, sans doute plus coûteuse encore qu'ailleurs. Les mi­nistres du gouvernement wallon sont pléthoriques et le Parlement, préoccupé avant tout par des intérêts localistes, ne les contrôle pas suffisamment. L'oligarchie des partis pouvoiristes repose elle‑même sur une pyramide de clans et de féodalités de plus en plus familiales.

Ce régime des partis pèse outrageusement sur l'économie wallonne, mais il menace aussi l'avenir de la démocratie. Le clientélisme forcené, le dépérissement de l'esprit public pourraient produire une dépolitisation accrue, une montée de l'abstentionnisme, et des votes plus nombreux en faveur des partis extrémistes (de droite ou de gauche) à l'occasion des élections.

Par le biais d'une application ex­tensive de l'autonomie constitutive, la Wallonie devrait dès lors se livrer à un électrochoc et se soumettre délibérément à des réformes radicales de son système politique. Par exemple : 

1.                   Election directe du ministre-­président de la Région wallonne, au suffrage universel à deux tours. L'objectif est de lui donner une légitimité et une autorité qui lui manquent actuellement.

2.                   Election des 75 députés régionaux wallons dans 75 circonscriptions distinctes, avec scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Il faut rendre au législatif wallon son indépendance et son pouvoir d'initiative. Le système majoritaire, sans être parfait, peut favoriser l'élection de candidate ayant une personnalité suffisante pour s'imposer au premier tour ou pour rassembler au deuxième.

3.                   Instauration du référendum d’initiative populaire sur le modèle helvétique.

4.                   Réduction du nombre de ministres : cinq maximum, dont deux femmes obligatoirement.

5.                    Pas de mandate ministériels pour plus de deux législatures.

6.                   Suppression des cabinets ministériels, à remplacer par une cellule administrative ne dépassant pas 10 personnes.

7.                   Interdiction des cumuls de mandate politiques et déclaration obligatoire de patrimoine.

8.                   Impossibilité légale de se faire élire dans une assemblée et de siéger dans une autre.

9.                   Suppression des provinces, leurs compétences allant à la Région et aux communes.

10.               Création d'une Cour des comptes régionale constituée d'experts totalement indépendants des partis et des pouvoirs. Au-delà, il importe de « « repolitiser » les Wallons avec l'aide de l'école, des forces sociales, de la presse.

II s'agira aussi de lutter contre la brutalité des rapports sociaux, contre l'individualisme contre l'hédonisme. Les citoyens doi­vent se réinvestir dans les institutions.

Et, dans cette perspective, pourquoi ne pas évoquer l'idée de la création d'un service civil d'un mois pour tous les jeunes entre 16 et 25 ans (garçons et filles).

Il s'agit de « resocialiser » une jeunesse qui doit trop souvent choisir entre l'exclusion sans espoir et la réussite à n'importe quel prix dans un climat de compétition et de rivalité.

Paul‑Henry Gendebien, ancien député et actuel président du RWF (Rassemblement Wallonie-France), réagit à son tour au débat politique soulevé par le livre du trio Destexhe‑Eraly‑Gillet (Démocratie ou particratie ? Labor, 2003)

 

 

Rassemblement Wallonie-France