|
La Belgique se dirige-t-elle vers une "dislocation de
velours" qui pourrait la rayer de la carte des Etats européens, provoquant
du même coup un rattachement de la Wallonie à la France ? La proximité des
élections législatives (18 mai) a relancé le débat sur l'avenir et sur
l'existence même du pays.
L'Etat belge ne fut jamais qu'une création diplomatique des
puissances européennes, et ses populations, arbitrairement assemblées en
1830, ne parvinrent pas à former une véritable nation.
Les
instrumentalisations successives de l'Etat, d'abord par une bourgeoisie
francophone, ensuite par un mouvement flamand combatif et de plus en plus
nationaliste, ont fait avorter toutes les tentatives de surmonter la
dualité originelle. Le conflit de nationalités oppose deux sociétés de
plus en plus distinctes. De surcroît, la recherche permanente d'un
équilibre improbable entre Flandre et Wallonie a buté contre un obstacle
majeur : le contrôle de Bruxelles, ville de 1 million d'habitants,
francophone à 85 %, mais enclavée en Brabant flamand, et donc le sort
futur d'une capitale épaulée par la Wallonie (3,3 millions d'habitants),
mais convoitée par la Flandre (6 millions d'habitants).
L'instauration d'un fédéralisme laborieux sans cesse remis
sur le métier, loin d'apaiser les tensions, se conclura par un échec
historique au même titre que les fédéralismes tchécoslovaque et
yougoslave. Tout au plus aura-t-il donné du bois de rallonge à un régime à
bout de souffle, empêtré dans ses dysfonctions et ses contradictions.
Très faible en Wallonie, l'extrême droite ne cesse de
prospérer en Flandre. Prônant une république indépendante, le Vlaams Blok
pourrait atteindre 20 % des voix au soir du 18 mai. Son discours contamine
les partis traditionnels, qui tentent de renchérir sur ses positions
nationalistes. Dans cette perspective, la Flandre vient d'obtenir du
gouvernement fédéral la promesse d'une nouvelle réforme de l'Etat portant
sur pas moins de 60 articles de la Constitution. Il n'y aura bientôt plus
place sur un même territoire pour deux Etats concurrents, l'ancienne
Belgique et la nouvelle Flandre, qui se voit déjà comme une nation avec la
capacité et l'ambition de se transformer en Etat.
Les francophones, même s'ils atteignaient un jour le seuil
critique économique pour constituer autre chose qu'un Etat-confetti,
n'auraient pas pour autant la volonté d'ériger une construction politique
souveraine, un Etat digne de ce nom. Encore hésitante, l'opinion publique
commence à se résigner à une disparition de l'Etat. Les plus avertis ont
déjà compris que la Wallonie, devant l'insoutenable augmentation des
tensions nationales, devra se résoudre à négocier une succession d'Etat.
Estimant que la Wallonie ne pourra pas rester "belge toute seule",
les mouvements wallons se prononcent ouvertement pour le rattachement -
plus exactement la réunion - des provinces francophones (Bruxelles
compris) à la République française. Les réunionnistes disposent dorénavant
de porte-parole quasi officiels au sein même des partis de pouvoir et,
surtout, ils se sont eux-mêmes constitués en parti : le Rassemblement
Wallonie-France. La "solution française" proposée par le RWF
permettrait d'éviter une balkanisation périlleuse des anciens territoires
belges, d'empêcher la prolifération de nouveaux Etats faibles nuisibles à
la construction européenne, d'accroître le poids démographique,
économique, culturel, politique de la France, de garantir sa présence à
Bruxelles.
Lentement mais sûrement se rapproche le moment où les
Wallons en appelleront au gouvernement de la France au nom de la liberté,
de la solidarité et de la fraternité.
Paul-Henry
Gendebien,
ancien député européen, est président du Rassemblement Wallonie-France.
|