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Fin de la Belgique ?, par Paul-Henry Gendebien

(Journal Le Monde - 10 mai 2003)  

La Belgique se dirige-t-elle vers une "dislocation de velours" qui pourrait la rayer de la carte des Etats européens, provoquant du même coup un rattachement de la Wallonie à la France ? La proximité des élections législatives (18 mai) a relancé le débat sur l'avenir et sur l'existence même du pays.

L'Etat belge ne fut jamais qu'une création diplomatique des puissances européennes, et ses populations, arbitrairement assemblées en 1830, ne parvinrent pas à former une véritable nation.

 

 

Les instrumentalisations successives de l'Etat, d'abord par une bourgeoisie francophone, ensuite par un mouvement flamand combatif et de plus en plus nationaliste, ont fait avorter toutes les tentatives de surmonter la dualité originelle. Le conflit de nationalités oppose deux sociétés de plus en plus distinctes. De surcroît, la recherche permanente d'un équilibre improbable entre Flandre et Wallonie a buté contre un obstacle majeur : le contrôle de Bruxelles, ville de 1 million d'habitants, francophone à 85 %, mais enclavée en Brabant flamand, et donc le sort futur d'une capitale épaulée par la Wallonie (3,3 millions d'habitants), mais convoitée par la Flandre (6 millions d'habitants).

L'instauration d'un fédéralisme laborieux sans cesse remis sur le métier, loin d'apaiser les tensions, se conclura par un échec historique au même titre que les fédéralismes tchécoslovaque et yougoslave. Tout au plus aura-t-il donné du bois de rallonge à un régime à bout de souffle, empêtré dans ses dysfonctions et ses contradictions.

Très faible en Wallonie, l'extrême droite ne cesse de prospérer en Flandre. Prônant une république indépendante, le Vlaams Blok pourrait atteindre 20 % des voix au soir du 18 mai. Son discours contamine les partis traditionnels, qui tentent de renchérir sur ses positions nationalistes. Dans cette perspective, la Flandre vient d'obtenir du gouvernement fédéral la promesse d'une nouvelle réforme de l'Etat portant sur pas moins de 60 articles de la Constitution. Il n'y aura bientôt plus place sur un même territoire pour deux Etats concurrents, l'ancienne Belgique et la nouvelle Flandre, qui se voit déjà comme une nation avec la capacité et l'ambition de se transformer en Etat.

Les francophones, même s'ils atteignaient un jour le seuil critique économique pour constituer autre chose qu'un Etat-confetti, n'auraient pas pour autant la volonté d'ériger une construction politique souveraine, un Etat digne de ce nom. Encore hésitante, l'opinion publique commence à se résigner à une disparition de l'Etat. Les plus avertis ont déjà compris que la Wallonie, devant l'insoutenable augmentation des tensions nationales, devra se résoudre à négocier une succession d'Etat. Estimant que la Wallonie ne pourra pas rester "belge toute seule", les mouvements wallons se prononcent ouvertement pour le rattachement - plus exactement la réunion - des provinces francophones (Bruxelles compris) à la République française. Les réunionnistes disposent dorénavant de porte-parole quasi officiels au sein même des partis de pouvoir et, surtout, ils se sont eux-mêmes constitués en parti : le Rassemblement Wallonie-France. La "solution française" proposée par le RWF permettrait d'éviter une balkanisation périlleuse des anciens territoires belges, d'empêcher la prolifération de nouveaux Etats faibles nuisibles à la construction européenne, d'accroître le poids démographique, économique, culturel, politique de la France, de garantir sa présence à Bruxelles.

Lentement mais sûrement se rapproche le moment où les Wallons en appelleront au gouvernement de la France au nom de la liberté, de la solidarité et de la fraternité.

Paul-Henry Gendebien, ancien député européen, est président du Rassemblement Wallonie-France.

 

Rassemblement Wallonie-France