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A bout portant : Paul-Henry Gendebien, président du Rassemblement Wallonie-France/Rassemblement Bruxelles-France.« Il faut réfléchir à un divorce à l'amiable »

(Journal Le Soir - 3 mai 2003)  

Propos recueillis par CHRISTIAN LAPORTE

L'initiative de B Plus est une pierre dans le jardin des partis flamands mais aussi dans celui des rattachistes...

Les premiers séparatistes sont à la rue de la Loi. Le délitement de la Belgique n'aura jamais autant progressé que sous Verhofstadt. Et ce qui s'annonce pour la suite est évidemment de nature à inquiéter les derniers « Velgicains », c'est-à-dire les amis du financier Maurice Velge, réunis chez B Plus. Les fins de régime sont riches en crispations ultimes et en raidissements provisoires. Nous ne sommes pas inquiets. Je crains même qu'il n'y ait que peu de monde à cette « promenade » et les personnalités qui en feront partie ne seront pas des hirondelles qui annonceront le printemps. Ou alors des oiseaux qui n'auront pas vu que l'hiver est là.

Oui, mais vous rejoignez B Plus sur l'intransigeance flamande !

Il s'en prend essentiellement aux partis flamands et au Vlaams Ekonomisch Verbond, traité d'association séparatiste alors qu'il regroupe la totalité du patronat flamand. Pour rappel, ce dernier demande unanimement des avancées en matière de séparatisme économique, social et fiscal. La Flandre aurait sa propre politique de l'emploi et pourrait elle-même conclure les conventions collectives de travail.

Du côté wallon, le Mouvement socialiste (dissidence PS) prône la voie confédéraliste.

Le confédéralisme est une facilité de langage dans le cadre de la... Confédération helvétique. Les juristes savent que c'est une formule non praticable parce qu'elle présuppose l'indépendance des parties et la conclusion d'accords partiels de coopération sur des objets précis. L'Union européenne est d'une certaine façon du confédéralisme. Mais celui imaginé par la Flandre, c'est le masque plus ou moins hypocrite jeté sur la volonté d'indépendance. Quant au MS, ce n'est pas un groupe, c'est une personne...

Vous êtes tout aussi perplexe face au front francophone...

Les partis qui ont cédé à toutes les demandes flamandes depuis 1999 sont mal placés pour annoncer une résistance future. Elle serait en carton-pâte car pour eux prime la participation au pouvoir. Il y a dans leur chef une volonté de cacher la vérité à l'électeur. MM. Verhofstadt et De Gucht, qui sont allés à la fête du MR, annoncent de nouvelles étapes. Dont la révision de 61 articles de la Constitution, la scission d'une partie de la sécurité sociale, la suppression des communes à facilités,l'enterrement définitif de la convention-cadre sur la protection des minorités, l'enterrement de la plainte au Conseil d'Etat sur la circulaire Peeters qui est un véritable déni de justice. Nous entrons dans une phase de fin de régime. Et d'instabilité politique majeure qui va rebondir dès le soir du 18 mai dans la perspective des élections régionales. Le problème est de savoir comment répondre à ce diagnostic inquiétant. Deux réponses sont possibles : ou on se met la tête dans le sable et c'est la pratique des partis officiels ; ou on affronte la réalité, courageusement, avec lucidité, et il faut préparer un avenir en dehors de la Belgique. Au départ, notre position n'est pas séparatiste mais constate l'échec historique du fédéralisme belge et la nécessité pour les Wallons et les Bruxellois d'éviter une après-Belgique incohérente et mal préparée.

Pourquoi excluez-vous l'hypothèse de l'Etat indépendant wallon ?

C'est une chimère : elle fait fi de la communauté d'intérêts avec Bruxelles alors que celle-ci et la Wallonie ont des intérêts majeurs communs ; une Wallonie indépendante ne serait pas viable sur le plan économique, social et financier et il n'y a pas de volonté populaire pour aller dans cette voie-là. Pour constituer un Etat-nation, il faut des conditions objectives mais aussi ce que Renan appelle le référendum quotidien, l'adhésion permanente de la population.

Mais la Wallonie aurait peu à gagner d'un rattachement à la France, étant une région sise aux marches, très éloignée du pouvoir.

C'est une vision erronée car la France n'est plus un Etat centralisé, jacobin. Elle évolue dans le sens d'une régionalisation raisonnable. Elle ne touche pas à l'égalité des citoyens devant la loi mais respecte surtout l'égalité des régions devant la solidarité nationale. Ce n'est plus le cas chez nous...

Quand situez-vous la fin du pays ?

Il serait naïf de croire que l'on va rétablir la Belgique. Selon moi, les choses se feront pacifiquement et raisonnablement comme en Tchécoslovaquie. Sans référendum car il montrerait trop l'écart entre le Nord et le Sud. Et la séparation pourrait être désordonnée voire violente... C'est pourquoi nous demandons de réfléchir sereinement à un divorce à l'amiable plutôt qu'à la perpétuation d'un mariage tumultueux...

Propos recueillis par CHRISTIAN LAPORTE

 

Rassemblement Wallonie-France