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Texte de l'intervention de Jean-Noël Marquebreucq, président de la section d'arrondissement de Tournai-Ath-Mouscron du RWF, prononcée le 12 mars 2002 à Tournai

 

Dans le dernier trait d’union ( la publication du rwf) PH Gendebien citait BERGSON : L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. Il aurait pu rappeler la phrase du jeune Charles de Gaulle plus optimiste, plus volontariste lorsque celui-ci affirmait que l’avenir serait grand car pétrit de nos œuvres. 

L’histoire des peuples est le résultat des choix effectués par ces peuples au cour de leur existence. Comme celles qui nous ont précédées et celles qui nous suivront, notre génération doit faire face à un choix de société. Toutefois, pour nous qui avons tourné la page du millénaire, ce choix est particulièrement important et profond car c’est un choix de civilisation. 

Depuis 2 siècles, les européens ont créé des nations C-A-D des communautés d’hommes et de femmes qui expriment leur volonté de vivre ensemble. 

Aujourd’hui, à en croire les chantres du « bien penser » et du politiquement correct, cette volonté aurait disparue et serait remplacée par le « soucis identitaire » que concrétiserait la formation de régions autonomes au large pouvoir législatif et la nécessité d’être économiquement compétitif qui s’exprimerai par la créations de méga-ensembles sur le modèle des Etats-Unis et dont la concrétisation, pour nous, serait la construction européenne. 

Notre cause, qui veut donner une nation à la Wallonie serait donc obsolète, surannée voire iconoclaste car elle ne s’inscrit pas dans cette tendance de l’histoire… .Elle ne respecte pas ce qui « va arriver » pour en revenir à la phrase de BERGSON. 

En faisant le choix de la France, nous nous tromperions deux fois :

Primo en n’acceptant notre belgitude qui ferait de nous des êtres exceptionnels pluriculturels préfigurant » l’homo europeanus » de demain

Secundo, en défendant les nations vieux monstres appelés à disparaître au profit de l’union européenne triomphante. 

Cette histoire du possible qui nous est promise, proposée, voir imposée est, en réalité, une vieille recette réchauffée à une sauce faite de sous régionalisme tendance ecolo populo fleur bleue et d’ultra libéralisme. 

Elle tend a créer sur le territoire de l’Europe un Empire composé d’une centaine de région . A sa tête non plus ces bon vieux HABSBOURG mais un quarteron de technocrates. Comme idéal non plus la religion mais l’ultra libéralisme. 

Les citoyens transformés en sujet-client  (un simulacre de démocratie sera respecté) voteront pour élire les membres d’institutions floues, mal comprises car mal définies ( cela ne ressemble-t-il pas aux structure d’un état que nous connaissons déjà) . Mais, ils pourront, grâce à leur région, vivre dans le plus pur respect de leurs traditions ancestrales. 

Raccourci, caricature prétendront les défenseurs de l’histoire du possible ; et bien, réfléchissons ensemble à ce que sera l’Europe sans les nations. 

Cette Europe est un assemblage laborieux d’une centaine de région aux richesses inégales à l’histoire différente, souvent antagoniste dont le principal critère de différentiation sera identitaire. L’intégration des nouveaux arrivant étrangers y sera difficile voir impossible puisqu’elle aurait comme conséquence l’affaiblissement des caractères régionaux fondateurs de l’identité. Eh oui, chers amis, le saviez-vous, régionalisme rime avec ethnisme. 

Ces identités régionales érigées en construction politique auraient, face à elles, des constructions économiques qui seront, elles, de plus en plus centralisée, de plus en plus puissantes. Chacun d’entre nous, dans sa vie quotidienne de consommateur  et de travailleur est confronté à ce phénomène de fusion, de concentration. Je ne prendrai qu’un seul exemple : il y a un peu plus de cinq ans, il existait, en Belgique, une vingtaine d’organisme et d’institution bancaire. Le secteur public y était encore largement représenté. Aujourd’hui, alors que les socialistes étaient au pouvoir pendant cette période, il reste 5 grands groupes…tous privés. 

Cet exemple de la banque, nous pourrions le reproduire pour tous les secteurs de la vie économique. C’est la conséquence concrète du phénomène de mondialisation. 

Comprenons le bien, la mondialisation est l’outil de l’idéologie dominante : celle de l’ultra libéralisme. Cette idéologie Anglo-saxone a intérêt à voir disparaître les nations afin de n’avoir en face à elle que des nains politiques divisés qu’elle pourra manipuler jouant sans cesse sur leurs faiblesses et leurs divisions. 

En effet, ces régions face à la pression des groupes financiers monopolistiques seront rapidement poussées à pratiquer la concurrence sociale et fiscale. 

Là où la nation, création puissante émanant de la volonté des citoyens tend au progrès social dans le respect des intérêts des différentes catégories qui la compose, la région, entité fragile et mal définie n’a le choix que de suivre les règles que lui impose le marché. Pour ceux qui en doute, je les invite a observer l’histoire récente de notre bon royaume de Belgique, état fédéral et de la création, en un temps record, d’un fossé social et fiscal entre les régions qui le composent et ce, dans des domaines aussi différents mais aussi important dans le quotidien des citoyens que l’impôt sur les revenus, les droits de succession, les droits d’enregistrement, l’assurance dépendance, et j’en passe….et ce n’est qu’un début. 

Non, notre discourt n’est pas destines à des sénacles de philosophie politique ou à des politologues de salon. L’Europe fédérale dont la Belgique serait le modèle rendra les pauvres plus pauvre sans pour autant d’ailleurs rendre les riches plus riches. Les grands bénéficiaires devant rester les groupes financiers transnationaux.  On aura ainsi créé un nouveau type de solidarité non plus vertical qui lie les différentes catégories sociales appartenant à la même nation mais horizontale qui lie les différentes nationalités appartenant au même groupe social.  Le groupe le plus solidaire n’étant pas le prolétariat comme dans l’utopie socialiste de la fin du 19ème  et le début du 20ème siècle mais la classe dominante transnationale partageant les mêmes valeurs et s’exprimant d’ailleurs dans la même langue : l’anglais les autres langues étant réduites à l’état d’idiome et de patois. 

Notre cause, notre combat : donner une nation à la wallonie doit aussi s’inscrire dans cette perspective historique.

Nous pensons, comme le disait L. Jospin,  devant l’Assemblée nationale en juin 1997 que la nation est non seulement une réalité vivante mais aussi le lieu où bat le cœur de la démocratie.  La nation c’est l’ensemble formé par les citoyens où se nouent les solidarités les plus profondes.  C’était il y a 5 ans, aujourd’hui, JP Chevènement a repris le flambeau de la défense de ces valeurs abandonnées en chemin par le premier ministre candidat. 

Nous voilà au cœur de l’enjeu, au centre du débat.  Notre combat est, bien évidemment à notre échelle un combat pour la Wallonie mais, dans son affirmation de l’identité française de la Wallonie, dans sa quête d’une nation pour notre peuple elle est aussi la cause de la démocratie.  Le couple nation/démocratie est indissociable.  Je l’affirme, faire disparaître la nation c’est tuer la démocratie. 

C’est dans cette dialectique que s’inscrit notre parti.  En rejoignant la France, non seulement la Wallonie participera enfin à une nation à travers les institutions de laquelle les Wallonnes et les wallons pourront s’exprimer démocratiquement, suffisamment forte pour les protéger des effets de l’ultra libéralisme, suffisamment solidaire pour leur assurer leur redressement économique, suffisamment citoyenne pour garantir l’éducation de nos enfants, suffisamment fraternelle pour accueillir et intégrer les étrangers qui feront le choix de vivre parmi nous.  Mais également, en rejoignant la France, les Wallonnes et les Wallons montreront aux autres Français qu’un peuple a besoin de nation comme de pain rendant ainsi la France plus citoyenne et lui permettant d’affirmer sur l’échiquier international plus fortement ses valeurs qui sont les nôtres. 

C’est pourquoi, faire le choix de la France n’est pas seulement apporter une solution aux problèmes de la belgitude,  c’est faire le choix de la démocratie, de la citoyenneté.  C’est redonner à l’histoire son sens, c’est permettre à l’avenir de n’être pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire.  

Il est important de se rappeler que même si beaucoup d’éléments semblent l’indiquer, la fin de la Belgique n’est pas inscrite dans les astres.  Si nous n’y prenons garde c’est à une belgicanisation de l’Europe que nous pourrions assister C-A-D l’existence d’un Etat, d’une Administration sans nation,  se nourrissant de la crédulité des peuples qui le compose renforcé par la benoîte satisfaction chauvine des classes les plus défavorisées d’avoir l’illusion de participer à une nation.

En cela, oui la Belgique pourrait être le modèle de l’Europe de demain. 

Seul, la réflexion et le travail des citoyens éviteront à nos enfants de vivre dans ce type de société alors, citoyens au travail et que l’avenir soit grand car pétris de nos œuvres. 

 Jean-Noël Marquebreucq


Trait d'union - 04/2000Trait d'union - 04/2000
 


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