Avertissement
: pour faciliter la compréhension des lectrices et lecteurs peu
familiarisés avec la politique intérieure belge, nous avons rajouté des
notes en fin de texte, notamment en ce qui concerne le personnel
politique. Le renvoi à ses notes est numéroté entre parenthèses
Première
partie
" Le gouvernement
de M. Verhofstadt (1) a échoué. A travers lui, c'est l'État belge
qui a échoué.
Dans l'arc-en-ciel,
c'est la guerre civile; l'opinion est désenchantée; la Belgique est
fatiguée de vivre.
Retour du déficit
budgétaire, plan Copernic, orages communautaires en perspective, Sabena,
Chemins de Fer, Poste : autant e vilaines balafres sur le visage du
pouvoir.
Où sont passées les
belles promesses de la coalition ?
On nous avait annoncé
une "nouvelle culture politique" : on voit partout
refleurir le marchandage politique, le clientélisme, le népotisme (à la
façon de Jodoigne, qui fait penser aux mœurs de Dieu sait quel petit
sultanat pétrolier), les nominations partisanes, le tout dans un climat
de propagande et de langue de bois.
On nous avait parlé
d'une "meilleure gestion de l'État". Un constat : la machine ne
tourne pas mieux. Voyez les prétendues réforme de ma police et de la
justice.
Il y a aussi cet énorme
point noir : le scandaleux plan Copernic de réforme de l'administration.
Condamné par le Conseil d'État, Copernic a pour objectif de
déstabiliser l'administration par l'introduction autoritaire de méthodes
qui n'ont rien à voir avec la fonction publique. Copernic va également
et de toute évidence accentuer la flamandisation des ministères et
augme,nter la politisation des nominations (Coenen (2) , premier "top
manager").
Ce qui se passe à la
Poste et aux chemins de Fer le montre bien: il y aune volonté sournoise
d'abaisser le concept de service public universel en considérant le
citoyen comme un client. Ce qui est visé, c'est le concept même de
puissance publique et donc l'idée même d'État.
Les "consolidations
stratégiques" de M. Di Rupo (3) ne font même plus rire. Et quand
Mme Onkelinx (4) répond à M. Rombouts (5) (l'administrateur
délégué de la Poste) et à ses déclarations matamoresques, quand elle
lui répond "Nous allons lui montrer ce qu'est l'État", on a
envie de lui dire : "Savez-vous, Madame, qu'il n'y a plus grand chose
à montrer ?".
On avait fait miroiter
une "restauration de l'image internationale de la Belgique."
Louis Michel (6), pour ce faire, comptait beaucoup sur la présidence
belge de l'Union européenne. Le jour de gloire du Ministre allait arrive.
Or, c'est la médiocrité qui caractérise cette présidence. Elle se
termine en eau de boudin.
Non pas à cause des
événements du 11 septembre en eux-mêmes, mais bien parce que la
présidence belge a été incapable de tracer une ligne de conduite
européenne significative, proprement européenne, pour le traitement de
la crise afghane.
Il y a deux grandes
explications à l'échec de la présidence belge.
La première, c'est
l'inconsistance diplomatique de la Belgique. Elle n'a plus de vison
européenne, et elle manque de crédibilité pour proposer une relance
quelconque de la construction de l'Union.
Le Sommet de Laeken sera
besogneux. Il proposera, au mieux un calendrier de discussions au sein
d'une Convention, sorte d'assemblée libre d'experts. On lancera aussi
l'idée, peu opérationnelle, de Constitution européenne qui risquera
fort de ressembler à un catalogue de bonnes intentions.
Laeken ne sera ni un
succès ni un désastre, mais une nouvelle fuite en avant, bref un petit
sommet ordinaire, masquant mal les désaccords des partenaires sur le
"pourquoi" et le "comment" de l'Europe, et en
particulier sur le dilemme "élargissement-approfondissement".
La deuxième raison pour
laquelle la présidence belge aura échoué, c'est le comportement du
Ministre Louis Michel. Malgré l'intense propagande déployée, son
autorité internationale est faible parce que ses dossiers sont d'une
minceur remarquable, en dépit de l'abondance verbale des ses
porte-parole.
Cela se voit, cela se
dit : Louis Michel a utilisé sa fonction pour faire parler de lui en
politique intérieure. Son problème, ce sont ses attaques personnelles
contre des gouvernants étrangers. Hésitant continuellement entre
"droitdel'hommisme" et "real politik", il réussit à
irriter l'opinion par son discours moralisateur, mais hautement sélectif.
Ces exercices de figuration ont pu faire illusion un moment, mais
aujourd'hui et au sein de la coalition arc-en-ciel, on aspire déjà à
mettre un point final à une présidence belge décevante.
Autre grande promesse
non tenue : la "pacification communautaire" !
C'était un autre grand
chantier de la coalition. Dès sa naissance, le gouvernement joua la
scène de la grande réconciliation. Ce fut un
"bisou-bisou" général. Avec un plaisir immodéré, la presse
tombait dans ce panneau délicieux. Comme la Mathilde de Jacques Brel, la
paix était revenue...une paix des braves, fraîche et joyeuse. M. Ducarme
osa même dire : "Croyez-moi, la Flandre a changé." Et encore :
"Tout va bien, nous ne sommes pas demandeurs."
On pensait redécouvrir
de "bons Flamands", la huitième merveille du monde. Les
socialistes se précipitaient à Laeken (7) pour y faire leurs dévotions.
Bref, Vanden Boeynants et Leburton (8) ressuscitaient...
Et puis, soudain,
catastrophe. La "faute à pas de chance" : il fallut des sous
pour une Communauté Française au bord de la faillite. Ce fut la
méchante farce de Saint-Polycarpe (9). Avec son cortège d'humiliations
et de capitulations pour les Francophones.
On échangea des
principes démocratiques contre de l'argent, érigeant la mendicité au
rang de stratégie, et en livrant encore plus les Francophones de la
périphérie et de Fourons au bon vouloir de la Flandre.
On autorisa aussi la
Flandre à aller de l'avant dans le sens d'un différentiel fiscal et
social entre les régions, qui va bien au-delà du fédéralisme :
Ceci concerne non
seulement l'impôt sur le revenu, mais aussi la redevance
radio-télévision, les droits de succession, puis
l'allocation-dépendance pour les personnes âgées et enfin, tout récemment,
une prime compensatoire (flamande) supplémentaire à celle du fédéral
pour la réduction volontaire du temps de travail...
Demain, ce sera le tour
de la régionalisation des conventions collectives du travail, de l'impôt
sur les sociétés, des allocations familiales et les soins de santé...
Nous ne contestons pas
la logique flamande de la marche à l'autonomie. Simplement, nous en
prenons acte, tout en constatant le drame des Wallons et des Bruxellois :
sur la défensive, ils sont acculés à l'impuissance et à la paralysie
dans ce qui subsiste d'État belge.
Quant à la dérisoire
convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la protection es minorité,
c'est de la monnaie de singe. Sa ratification n'interviendra jamais, sauf
si elle a été préalablement vidée de son contenu. Et puis, sait-on que
la Belgique doit encore ratifier pas moins de 425 Traités et Conventions,
dont certaines remontent à 30 ou 40 ans !
...On le sait. Vous le
savez. Il n'y aura pas de pacification communautaire dans le cadre belge, puisque
c'est l'État belge lui-même qui fait obstacle à des relations normales
de bon voisinage entre Wallons et Flamands.
Faire croire le
contraire, c'est tromper le peuple; c'est pratiquer un immense mensonge d'État.
Nous vivons sous le règne du mensonge d'État permanent : voilà la
vérité ! M. Verhofstadt a augmenté le malheur belge, c'est-à-dire une
conjonction de dysfonctionnements structurels et d'une dualité
congénitale et consubstantielle à l'État belge lui-même.
L'espace commun
fédéral ne cesse de se rétrécir, et il deviendra bientôt une carcasse
vide. Le fédéralisme belge est un échec. L'État fédéral est
dépassé. Plisnier(10) l'avait prédit dès 1945. Après une
tentative loyale, nous sommes autorisés à nous tourner vers la France.
Notre mission est de le dire aux Wallons et aux Bruxellois.
Nous refusons que la
Flandre continue à nous user à petit feu. Nous refusons qu'elle veuille
nous imposer toutes les conditions du divorce, ses conditions, au moment
et dans les formes qu'elle acceptera. C'est inacceptable !
_________________________________________________
Notes
:
(1)
M. Guy Verhofstadt est 1er
Ministre - Parti : VLD (libéraux flamands)
(2)
Chef de cabinet de M.
Verhofstadt et libéral flamand comme lui
(3)
Président des Socialistes
francophones
(4)
Ministre de l'Emploi -
Socialiste francophone
(5)
Administrateur délégué de
la Poste mis en place par Rik Daems, Ministre libéral flamand
(6)
Ministre des Affaires Étrangères
- Libéral francophone
(7)
Palais royal
(8)
Anciens ministres,
respectivement Catholique et Socialiste réputés pour leur unitarisme
intransigeant
(9)
L'habitude a été prise de dénommés
les accords communautaires en Belgique du nom du Saint repris au
calendrier le jour où ces accords sont conclus.
(10)
Charles Plisnier, grand écrivain
wallon
Deuxième partie
Notre
raison d'être, nous la trouvons dans la grande tradition du mouvement
wallon : aller de l'avant, et indiquer à nos concitoyens ce que nous
croyons être pour eux le meilleur chemin.
A cet égard,
vous le savez, les échéances électorales se rapprochent. Nous pourrions
voter en 2002. A partir d'aujourd'hui, nous sommes mobilisés pour entrer
en campagne électorale.
Merci de la
confiance que vous nous faite, merci de la collaboration de chacune et de
chacun des responsables, à quelque niveau que ce soit, merci de
l'engagement magnifique de chaque militant.
En deux ans
nous avons avancé. Nous avons forgé un instrument, pas encore parfait,
mais il est en progrès et il est opérationnel au point de nous permettre
d'être présents dans tous les arrondissements au prochain scrutin.
Nous avons
une structure de décision, un bureau exécutif, un comité directeur, des
comités d'arrondissement. Nous aurons tenu trois Congrès en deux ans.
Nous avons de
bons statuts, permettant la démocratie interne. Nous avons créé trois
groupes de travail (économique et social, enseignement, fonction publique
et services publics). Notre manifeste a été augmenté d'un important
chapitre bruxellois. Un projet d'argumentaire de campagne a été
rédigé.
Tout cela
démontre que notre parti est sérieux, responsable et crédible. Nous
avons aussi une grande sérénité, parce que nous savons que nous avons
raison et que nos idées progressent dans l'opinion.
Nous avons
prouvé aussi depuis notre fondation que nous sommes ouverts : tous ceux
qui veulent travailler avec nous sont les bienvenus et se sentent chez
eux. Pourquoi ? Parce que nous sommes un rassemblement, c'est-à-dire une
famille, avec ses différentes sensibilités, ses caractères, ses
histoires personnelle, mais une famille unie autour de l'essentiel : les
principes démocratiques et le projet contenu dans notre Manifeste.
Cultivons cette unité, elle est une des clés de notre succès.
Nous pouvons
désormais nous consacrer à l'essentiel, c'est-à-dire à la diffusion de
notre message. Ne soyons pas sur la défensive. Si on nous dit : "
Vous êtes les diviseurs de la Belgique", répondez calmement que la
Belgique se divise elle-même avec l'aide de la Flandre et du Gouvernement,
répondez que la Belgique est déjà divisée.
Dites aussi
que nous exprimons à la fois un refus et un projet.
Un refus
radical du système belge, des ses dysfonctionnements structurel, un refus
de l'enfermement dans lequel il nous maintient. Un refus d'un chômage à
17 , d'un avenir incertain, de la médiocrité.
Mais aussi et
surtout un projet. Oui, nous avons aussi un projet, une solution de
rechange, un coin de ciel bleu.
Cet idéal,
il est très simple, très réaliste, très positif : c'est celui d'une
Wallonie pleinement elle-même, d'une Wallonie française. Quant à
Bruxelles, nous lui proposons de prendre la même direction, de devenir
une grande ville-région française, en renforçant ses fonctions de
grande ville européenne et internationale.
Construire
notre avenir avec la France, c'est d'abord garantir aux Wallons et aux
Bruxellois les conditions de la sécurité (c-à-d la sécurité
économique et sociale, les pensions, les allocations, les budget, le
service de la dette publique...)Tout cela compte et on le verra de plus en
plus avec la dislocation de l'État belge.
Cependant,
construire notre avenir avec la France, c'est aussi et surtout nous
permettre d'entrer dans un grand espace humain, culturel, politique, celui
de la France, et à travers elle dans un plus grand espace encore, celui
de la Francophonie.
Dans l'espace
français, nous allons retrouver la solidarité et la dignité. Nous n'y
entrons pas comme des mendiants, la corde au cou. Nous y venons de notre
plein gré, avec nos atout, nos richesse de toutes sortes, nos
entrepreneurs, os artistes, nos enseignants, nos fonctionnaires, nos
jeunes aussi et surtout.
Nous
apportons nos talents humain, mais aussi nos infrastructures, nos secteurs
de pointe, notre position hautement stratégique au cœur de l'Europe. Et
cela vaut tout autant de Bruxelles que de la Wallonie.
En retour,
nous allons pouvoir choisir librement une nation, une nation à laquelle
nous serons fiers d'appartenir. Wallons et Bruxellois pourront renouer
avec ce qu'ils ont parfois tendance à oublier : les valeurs d'humanisme
et de culture, d'égalité et de générosité; le sens de l'État,
c'est-à-dire de l'intérêt général; les valeurs de la République, et
de la citoyenneté. : bref, un autre régime politique.
Voilà ce qui
fonde notre démarche.
En outre,
cette démarche est volontaire. Nous parlons de volonté. Nous ne parlons
pas de prédestination historique. Cette pente-là pourrait être
équivoque. Nous ne sommes pas des nationalistes
"culturalistes".
Nous
préférons parler des affinités électives et des valeurs partagées qui
nous orientent vers la France. Nous parlons de même conception de la vie
en société et en démocratie.
Ce qui nous
anime, c'est une adhésion raisonnée à une construction humlaine et
politique qui s'appelle la France.
On le voit,
nous ne suggérons pas un attitude défensive ou de repli. Nous avons une
vision d'avenir, dynamique et positive. Pour être respecté, le peuple
wallon et bruxellois doit se respecter lui-même. Nous devons avoir de
l'estime pour nous-même, à savoir pour nos propres oeuvres. Ainsi
croirons-nous mieux en notre propre avenir.
Mesdames et
Messieurs, notre force c'est d'avoir une ambition pour la Wallonie et pour
Bruxelles, c'est d'avoir de la lucidité, c'est d'avoir de la fierté.
Vous en avez.
Répandez-les autour de vous. Alors, comme le disait Bergson,
"l'avenir ne sera plus ce qui va arriver, mais l'avenir sera ce que
nous allons faire."
Paul-Henry
GENDEBIEN, Président du RWF-RBF