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Discours prononcé le 8 décembre 2001 au IIIe Congrès du RWF-RBF à Namur par Paul-Henry GENDEBIEN

 

Avertissement : pour faciliter la compréhension des lectrices et lecteurs peu familiarisés avec la politique intérieure belge, nous avons rajouté des notes en fin de texte, notamment en ce qui concerne le personnel politique. Le renvoi à ses notes est numéroté entre parenthèses 

Première partie 

" Le gouvernement de M. Verhofstadt (1)  a échoué. A travers lui, c'est l'État belge qui a échoué.

Dans l'arc-en-ciel, c'est la guerre civile; l'opinion est désenchantée; la Belgique est fatiguée de vivre.

Retour du déficit budgétaire, plan Copernic, orages communautaires en perspective, Sabena, Chemins de Fer, Poste : autant e vilaines balafres sur le visage du pouvoir.

Où sont passées les belles promesses de la coalition ? 

On nous avait annoncé une "nouvelle culture politique" : on voit partout refleurir le marchandage politique, le clientélisme, le népotisme (à la façon de Jodoigne, qui fait penser aux mœurs de Dieu sait quel petit sultanat pétrolier), les nominations partisanes, le tout dans un climat de propagande et de langue de bois.

On nous avait parlé d'une "meilleure gestion de l'État". Un constat : la machine ne tourne pas mieux. Voyez les prétendues réforme de ma police et de la justice.

Il y a aussi cet énorme point noir : le scandaleux plan Copernic de réforme de l'administration. Condamné par le Conseil d'État, Copernic a pour objectif de déstabiliser l'administration par l'introduction autoritaire de méthodes qui n'ont rien à voir avec la fonction publique. Copernic va également et de toute évidence accentuer la flamandisation des ministères et augme,nter la politisation des nominations (Coenen (2) , premier "top manager").

Ce qui se passe à la Poste et aux chemins de Fer le montre bien: il y aune volonté sournoise d'abaisser le concept de service public universel en considérant le citoyen comme un client. Ce qui est visé, c'est le concept même de puissance publique et donc l'idée même d'État.

Les "consolidations stratégiques" de M. Di Rupo (3) ne font même plus rire. Et quand Mme Onkelinx (4) répond à M. Rombouts (5)  (l'administrateur délégué de la Poste) et à ses déclarations matamoresques, quand elle lui répond "Nous allons lui montrer ce qu'est l'État", on a envie de lui dire : "Savez-vous, Madame, qu'il n'y a plus grand chose à montrer ?".

On avait fait miroiter une "restauration de l'image internationale de la Belgique." Louis Michel (6), pour ce faire, comptait beaucoup sur la présidence belge de l'Union européenne. Le jour de gloire du Ministre allait arrive. Or, c'est la médiocrité qui caractérise cette présidence. Elle se termine en eau de boudin.

Non pas à cause des événements du 11 septembre en eux-mêmes, mais bien parce que la présidence belge a été incapable de tracer une ligne de conduite européenne significative, proprement européenne, pour le traitement de la crise afghane.

Il y a deux grandes explications à l'échec de la présidence belge.

La première, c'est l'inconsistance diplomatique de la Belgique. Elle n'a plus de vison européenne, et elle manque de crédibilité pour proposer une relance quelconque de la construction de l'Union.

Le Sommet de Laeken sera besogneux. Il proposera, au mieux un calendrier de discussions au sein d'une Convention, sorte d'assemblée libre d'experts. On lancera aussi l'idée, peu opérationnelle, de Constitution européenne qui risquera fort de ressembler à un catalogue de bonnes intentions.

Laeken ne sera ni un succès ni un désastre, mais une nouvelle fuite en avant, bref un petit sommet ordinaire, masquant mal les désaccords des partenaires sur le "pourquoi" et le "comment" de l'Europe, et en particulier sur le dilemme "élargissement-approfondissement".

La deuxième raison pour laquelle la présidence belge aura échoué, c'est le comportement du Ministre Louis Michel. Malgré l'intense propagande déployée, son autorité internationale est faible parce que ses dossiers sont d'une minceur remarquable, en dépit de l'abondance verbale des ses porte-parole.

Cela se voit, cela se dit : Louis Michel a utilisé sa fonction pour faire parler de lui en politique intérieure. Son problème, ce sont ses attaques personnelles contre des gouvernants étrangers. Hésitant continuellement entre "droitdel'hommisme" et "real politik", il réussit à irriter l'opinion par son discours moralisateur, mais hautement sélectif. Ces exercices de figuration ont pu faire illusion un moment, mais aujourd'hui et au sein de la coalition arc-en-ciel, on aspire déjà à mettre un point final à une présidence belge décevante. 

Autre grande promesse non tenue : la "pacification communautaire" ! 

C'était un autre grand chantier de la coalition. Dès sa naissance, le gouvernement joua la scène de la grande réconciliation. Ce fut un "bisou-bisou" général. Avec un plaisir immodéré, la presse tombait dans ce panneau délicieux. Comme la Mathilde de Jacques Brel, la paix était revenue...une paix des braves, fraîche et joyeuse. M. Ducarme osa même dire : "Croyez-moi, la Flandre a changé." Et encore : "Tout va bien, nous ne sommes pas demandeurs." 

On pensait redécouvrir de "bons Flamands", la huitième merveille du monde. Les socialistes se précipitaient à Laeken (7) pour y faire leurs dévotions. Bref, Vanden Boeynants et Leburton (8) ressuscitaient...

Et puis, soudain, catastrophe. La "faute à pas de chance" : il fallut des sous pour une Communauté Française au bord de la faillite. Ce fut la méchante farce de Saint-Polycarpe (9). Avec son cortège d'humiliations et de capitulations pour les Francophones.

On échangea des principes démocratiques contre de l'argent, érigeant la mendicité au rang de stratégie, et en livrant encore plus les Francophones de la périphérie et de Fourons au bon vouloir de la Flandre. 

On autorisa aussi la Flandre à aller de l'avant dans le sens d'un différentiel fiscal et social entre les régions, qui va bien au-delà du fédéralisme :

Ceci concerne non seulement l'impôt sur le revenu, mais aussi la redevance radio-télévision, les droits de succession, puis l'allocation-dépendance pour les personnes âgées et enfin, tout récemment, une prime compensatoire (flamande) supplémentaire à celle du fédéral pour la réduction volontaire du temps de travail...

Demain, ce sera le tour de la régionalisation des conventions collectives du travail, de l'impôt sur les sociétés, des allocations familiales et les soins de santé...

Nous ne contestons pas la logique flamande de la marche à l'autonomie. Simplement, nous en prenons acte, tout en constatant le drame des Wallons et des Bruxellois : sur la défensive, ils sont acculés à l'impuissance et à la paralysie dans ce qui subsiste d'État belge.

Quant à la dérisoire convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la protection es minorité, c'est de la monnaie de singe. Sa ratification n'interviendra jamais, sauf si elle a été préalablement vidée de son contenu. Et puis, sait-on que la Belgique doit encore ratifier pas moins de 425 Traités et Conventions, dont certaines remontent à 30 ou 40 ans !

...On le sait. Vous le savez. Il n'y aura pas de pacification communautaire dans le cadre belge, puisque c'est l'État belge lui-même qui fait obstacle à des relations normales de bon voisinage entre Wallons et Flamands.

Faire croire le contraire, c'est tromper le peuple; c'est pratiquer un immense mensonge d'État. Nous vivons sous le règne du mensonge d'État permanent : voilà la vérité ! M. Verhofstadt a augmenté le malheur belge, c'est-à-dire une conjonction de dysfonctionnements structurels et d'une dualité congénitale et consubstantielle à l'État belge lui-même.

L'espace commun fédéral ne cesse de se rétrécir, et il deviendra bientôt une carcasse vide. Le fédéralisme belge est un échec. L'État fédéral est dépassé. Plisnier(10)  l'avait prédit dès 1945. Après une tentative loyale, nous sommes autorisés à nous tourner vers la France. Notre mission est de le dire aux Wallons et aux Bruxellois. 

Nous refusons que la Flandre continue à nous user à petit feu. Nous refusons qu'elle veuille nous imposer toutes les conditions du divorce, ses conditions, au moment et dans les formes qu'elle acceptera. C'est inacceptable ! 

_________________________________________________  

Notes :   

(1)      M. Guy Verhofstadt est 1er Ministre - Parti : VLD (libéraux flamands) 

(2)      Chef de cabinet de M. Verhofstadt et libéral flamand comme lui 

(3)      Président des Socialistes francophones       

(4)      Ministre de l'Emploi - Socialiste francophone     

(5)     Administrateur délégué de la Poste mis en place par Rik Daems, Ministre libéral flamand       

(6)      Ministre des Affaires Étrangères - Libéral francophone            

(7)      Palais royal             

(8)     Anciens ministres, respectivement Catholique et Socialiste réputés pour leur unitarisme intransigeant        

(9)     L'habitude a été prise de dénommés les accords communautaires en Belgique du nom du Saint repris au calendrier le jour où ces accords sont conclus.   

(10)   Charles Plisnier, grand écrivain wallon   

 

Deuxième partie 

Notre raison d'être, nous la trouvons dans la grande tradition du mouvement wallon : aller de l'avant, et indiquer à nos concitoyens ce que nous croyons être pour eux le meilleur chemin.

A cet égard, vous le savez, les échéances électorales se rapprochent. Nous pourrions voter en 2002. A partir d'aujourd'hui, nous sommes mobilisés pour entrer en campagne électorale.

Merci de la confiance que vous nous faite, merci de la collaboration de chacune et de chacun des responsables, à quelque niveau que ce soit, merci de l'engagement magnifique de chaque militant.

En deux ans nous avons avancé. Nous avons forgé un instrument, pas encore parfait, mais il est en progrès et il est opérationnel au point de nous permettre d'être présents dans tous les arrondissements au prochain scrutin.

Nous avons une structure de décision, un bureau exécutif, un comité directeur, des comités d'arrondissement. Nous aurons tenu trois Congrès en deux ans.

Nous avons de bons statuts, permettant la démocratie interne. Nous avons créé trois groupes de travail (économique et social, enseignement, fonction publique et services publics). Notre manifeste a été augmenté d'un important chapitre bruxellois. Un projet d'argumentaire de campagne a été rédigé.

Tout cela démontre que notre parti est sérieux, responsable et crédible. Nous avons aussi une grande sérénité, parce que nous savons que nous avons raison et que nos idées progressent dans l'opinion.

Nous avons prouvé aussi depuis notre fondation que nous sommes ouverts : tous ceux qui veulent travailler avec nous sont les bienvenus et se sentent chez eux. Pourquoi ? Parce que nous sommes un rassemblement, c'est-à-dire une famille, avec ses différentes sensibilités, ses caractères, ses histoires personnelle, mais une famille unie autour de l'essentiel : les principes démocratiques et le projet contenu dans notre Manifeste. Cultivons cette unité, elle est une des clés de notre succès.

Nous pouvons désormais nous consacrer à l'essentiel, c'est-à-dire à la diffusion de notre message. Ne soyons pas sur la défensive. Si on nous dit : " Vous êtes les diviseurs de la Belgique", répondez calmement que la Belgique se divise elle-même avec l'aide de la Flandre et du Gouvernement, répondez que la Belgique est déjà divisée.

Dites aussi que nous exprimons à la fois un refus et un projet.

Un refus radical du système belge, des ses dysfonctionnements structurel, un refus de l'enfermement dans lequel il nous maintient. Un refus d'un chômage à 17 , d'un avenir incertain, de la médiocrité.

Mais aussi et surtout un projet. Oui, nous avons aussi un projet, une solution de rechange, un coin de ciel bleu.

Cet idéal, il est très simple, très réaliste, très positif : c'est celui d'une Wallonie pleinement elle-même, d'une Wallonie française. Quant à Bruxelles, nous lui proposons de prendre la même direction, de devenir une grande ville-région française, en renforçant ses fonctions de grande ville européenne et internationale.

Construire notre avenir avec la France, c'est d'abord garantir aux Wallons et aux Bruxellois les conditions de la sécurité (c-à-d la sécurité économique et sociale, les pensions, les allocations, les budget, le service de la dette publique...)Tout cela compte et on le verra de plus en plus avec la dislocation de l'État belge.

Cependant, construire notre avenir avec la France, c'est aussi et surtout nous permettre d'entrer dans un grand espace humain, culturel, politique, celui de la France, et à travers elle dans un plus grand espace encore, celui de la Francophonie.

Dans l'espace français, nous allons retrouver la solidarité et la dignité. Nous n'y entrons pas comme des mendiants, la corde au cou. Nous y venons de notre plein gré, avec nos atout, nos richesse de toutes sortes, nos entrepreneurs, os artistes, nos enseignants, nos fonctionnaires, nos jeunes aussi et surtout.

Nous apportons nos talents humain, mais aussi nos infrastructures, nos secteurs de pointe, notre position hautement stratégique au cœur de l'Europe. Et cela vaut tout autant de Bruxelles que de la Wallonie.

En retour, nous allons pouvoir choisir librement une nation, une nation à laquelle nous serons fiers d'appartenir. Wallons et Bruxellois pourront renouer avec ce qu'ils ont parfois tendance à oublier : les valeurs d'humanisme et de culture, d'égalité et de générosité; le sens de l'État, c'est-à-dire de l'intérêt général; les valeurs de la République, et de la citoyenneté. : bref, un autre régime politique.

Voilà ce qui fonde notre démarche.

En outre, cette démarche est volontaire. Nous parlons de volonté. Nous ne parlons pas de prédestination historique. Cette pente-là pourrait être équivoque. Nous ne sommes pas des nationalistes "culturalistes".

Nous préférons parler des affinités électives et des valeurs partagées qui nous orientent vers la France. Nous parlons de même conception de la vie en société et en démocratie.

Ce qui nous anime, c'est une adhésion raisonnée à une construction humlaine et politique qui s'appelle la France.

On le voit, nous ne suggérons pas un attitude défensive ou de repli. Nous avons une vision d'avenir, dynamique et positive. Pour être respecté, le peuple wallon et bruxellois doit se respecter lui-même. Nous devons avoir de l'estime pour nous-même, à savoir pour nos propres oeuvres. Ainsi croirons-nous mieux en notre propre avenir.

Mesdames et Messieurs, notre force c'est d'avoir une ambition pour la Wallonie et pour Bruxelles, c'est d'avoir de la lucidité, c'est d'avoir de la fierté.

Vous en avez. Répandez-les autour de vous. Alors, comme le disait Bergson, "l'avenir ne sera plus ce qui va arriver, mais l'avenir sera ce que nous allons faire." 

Paul-Henry GENDEBIEN, Président du RWF-RBF

 

 

 


Communiqué du 31 janvier 2001Communiqué du 30 avril 2001
 
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