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Discours prononcé le 8 décembre 2001 au IIIe Congrès du RWF-RBF à Namur par André LIBERT

 

 

Citoyennes, Citoyens,

Amies et Amis Wallons dans la France,

Amies  et Amis dans la démocratie républicaine, 

                                       A Charleroi,  on dit « Dji vos wés volti », à ceux que l’on aime et bien sûr, je vous le dis.

                                       J’ajouterai : « Bonjour Namur ! ». Namur, nouvelle capitale de la Wallonie française, Namur si féminine ; Namucum, l’endroit près de la courbe, là où la Sambre, Samara la tranquille embrasse la Meuse ; là où Félicien Rops, l’artiste sentant le soufre, choqua les bien-pensants de l’époque qui pratiquaient déjà la pensée unique. En 1421, Namur sera française sous Philippe le Bon ; célébrée par Boileau et Racine, elle retournera à la France avec le comte de Clermont en 1746 et retrouvera la France dans la durée, avec la victoire de Dumouriez à Jemappes, suivie de celle de Jourdan à Fleurus, en 1794. Namur deviendra alors le chef-lieu du département de Sambre-et-Meuse jusqu’en 1814. Sambre-et-Meuse, une partition qui jalonnera à jamais toutes nos marches d’empire et laissera dans notre folklore et nos traditions l’âme de la grandeur française, l’âme d’un souffle épique et d’une France qui ne pourra plus jamais se réduire à l’Hexagone.

                                       Il ne peut y avoir de peuple sans mémoire. Nous ne pouvons tenir sans principes essentiels. Chaque renonciation en a entraîné d’autres. Pour demain, nous vous promettons plus d’avenir que de passé, nous nous y engageons. Nous ne serons jamais aux abonnés absents. Déjà, se lève en nos rangs une jeune génération façonnée par l’idéal républicain.

                                       Si le Belge sortit d’un tombeau, la belgitude y précipite Wallons et Bruxellois francophones. On ne nous a jamais demandé notre avis pour les rois et les reines du Gotha. Alors que déjà en 1650, François Henry de Montmorency, duc de Luxembourg, maréchal de France défit à Fleurus, une coalition hollandaise et allemande. Et ce fut Jourdan qui, toujours à Fleurus, le 8 messidor, vainquit des troupes anglo-hollandaises, en renvoyant en ses foyers et dans la déroute Frédéric Jonas, un prince de Saxe-Cobourg. Y avait-il là un signe ? Il serait, d’autre part, plus que temps, de ne plus subventionner un prince de Waterloo, en la personne d’un duc de Wellington.

                                       La France, elle, nous a demandé entre 1792 et 1794 si nous souhaitions devenir Français et ce fut un oui vibrant comme au Congrès Wallon de 1945.

                                       La België, création d’un front anglo-hollando-germano-prussien nous a volé notre identité, notre histoire, nos artistes au Congrès de Vienne de 1815 en nous faisant vassaux des princes d’Orange et nous les kidnappa encore après 1830. La Belgique, ce fut le tampon souhaité par l’Angleterre et l’Allemagne, entre elles et la France. Ce tampon n’est plus nécessaire, n’a plus lieu d’être, qu’il retourne aux placards de l’histoire qu’il n’aurait jamais dû quitter.

                                       Depuis des années, une grande idée, le Projet avec un P majuscule, la majuscule historique, hante nos rangs, galvanise nos amitiés, gonfle nos énergies. Ce projet nécessite un peuple souverain, mais on ne peut  parler de « souverainisme » à propos de tout et de rien. Il ne peut y avoir d’autre souveraineté que celle du peuple ; point de souveraineté trop étroite, à la De Villiers, qui nous ramènerait aux combats de coqs ou à la chasse à courre.

                                       Il n’y a pas d’avenir pour nos idées sans notre Projet, le réunionisme. La Wallonie a un destin, son retour à la France, le cœur de notre Projet. Lequel plonge dans « l’Isle-de-France », toute proche. Paris n’étant qu’à trois cents kilomètres, nous n’avons pas attendu l’Edit de Villers-Cotterêts, nous fûmes parmi les premiers à parler le français et à en conserver l’écrit.

                                       Que voilà une identité commune aux fondations gallo-romaines de la langue, identique en ses patois et en sa culture de base. Le français et le wallon sont frères de sang et complémentaires, il ne faut en rien les opposer, le wallon pouvant demeurer le langage du cœur et de la proximité, « èl langadge dè nos ratayons, nos soçons èyèt nos cousses a tertous »

                                       Nous croyons en la ferme et irrésistible conquête de notre destin français. C’est seulement au sein de la nation française que nous pourrons réaffirmer notre génie spécifique. L’heure du choix va carillonner aux tours de Notre-Dame, soit s’unir à la France, en compagnie de Bruxelles, si Bruxelles le veut, soit se résigner à l’assimilation flamande ou à l’exil.

                                       Les Francophones de Flandre ont été  étouffés à l’exemple du Matin d’Anvers ou de la Flandre Libérale. Ceux des Fourons sont gravement menacés à cause de la lâcheté de nos gouvernants. Demain, les Francophones de la périphérie feront l’objet de nouvelles offensives flamandes comme au jardin botanique de Meise dont les collections iront à la Flandre et où nous ne possédons même plus les racines d’un seul arbre.

                                       Quid du sort de la cinémathèque, de l’Albertine, bibliothèque qui n’a plus de royale que le nom, du triste sort du C.E.G.E.S., centre d’Histoire, de la Bibliothèque des Archives Générales ? Autant de bijoux de famille que la Flandre engrange ou à défaut piétine.

                                       Comme monture de l’épopée du peuple wallon et bruxellois, pouvons-nous accepter la mondialisation ultra-libérale qui nous place à la périphérie d’un système dont le capital financier occupe le centre. Non. Ce serait la loi de la jungle.

                                       Nous défendons l’exception culturelle pour nos artistes,   en tous domaines. L’enfer fumiste de Dallas ou de Côte Ouest, ce ne peut être notre tasse de thé.

                                       Face à la mondialisation, notre devoir est la défense de la langue et de la culture françaises dont l’illustration dépasse l’hexagone, ce déjà depuis le siècle des Lumières. Le combat vaudra pour l’Europe de demain et pour la place de notre langue dans le monde, face à un sabir américain qui voudra nous envelopper dans la culture du Coca-Cola, du chewing-gum sous le comptoir et du hamburger.

                                       De même, les services publics doivent être garantis à tous, fonctionner pour tous et particulièrement pour les plus démunis, les plus faibles. Nous ne pouvons pas céder aux sirènes de la déréglementation et de la dérégulation. Celles qui remplissent les poches des administrateurs dits abusivement publics, ferment les bureaux de poste, font dérailler les trains et s’écraser les avions, le tout dans un climat hautement insécuritaire. Car la nouvelle police n’a pas les moyens de ses ambitions. Elle a ceux des nains de jardins qui nous gouvernent. Quand nous les dérobera-t-on ? Accrochés aux basques du pouvoir, ils avalent toutes les couleuvres et nous en font voir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

                              Par ailleurs, le F.D.F. est en train de s’immoler dansle P.R.L.-F.D.F.-M.C.C…

                                       L’impôt demeure un geste de civilisation. Il est encore temps de reconnaître que le développement d’une civilisation se mesure d’abord à sa capacité de ne laisser personne au bord du chemin. Il est évident que notre fiscalité diminue surtout sur le facteur capital et que les services publics trinquent de plus en plus.

                                       Ce sont ni plus ni moins que l’éducation et la santé qui sont maintenant dans le collimateur de l’Organisation Mondiale du Commerce alors que le gouvernement belgo-flamando-flamand nous désavantage outrageusement, un peu plus chaque jour.

                                       Qu’est-ce qui est rentable en matière d’enseignement ? Des citoyens qui sont déterminés par la pensée unique ou qui se sentent libres de penser ? Des citoyens qui réfléchissent ou des individus prêts à entrer au service d’une machine ? On ne nous parle plus que de services minima pour les services publics, d’acquis ou de plate-forme minimum pour la matière enseignée. Voulons-nous des homo sapiens ou des minus habens ? Veut-on un service universel « minimorum » ? Les forces qui nous gouvernent servent déjà le Nord sur un plateau d’argent, veulent-ils nous transformer en réserve indienne ?

                                       L’enseignement doit fournir le droit d’accompagner le savoir-faire du savoir. Nous voulons qu’il puisse encore être question de former des citoyens cultivés, bien dans leur peau, bien intégrés, aptes à la socialisation. Nos enfants ne peuvent être ni des machines, ni des robots, ni des laissés – pour - compte et encore moins des Flamands de seconde zone.

                                       Nous ne pouvons pas tolérer la dilapidation des acquis démocratiques dans le domaine du financement des services publics. On désorganise les finances communales en multipliant les frais, sans ressources complémentaires et en gonflant vigoureusement les taux des mandats. On jongle avec la taxation et les statistiques du chômage pour faire croire que les Wallons sont des « gréviculteurs » et des fainéants. Où sont les fumistes ? Nous sommes des citoyens à part entière ; l’usager n’est pas qu’un client, il a des droits fondamentaux.

                                       Permettrons-nous les concentrations abusives, les situations de monopole, l’anéantissement du pluralisme, l’asphyxie de la concurrence, le verrouillage des marchés ? Accepterons-nous une mondialisation destructrice et sans âme ?  Nous voulons restaurer la citoyenneté au sein d’un véritable Etat.

                                       Avec notre projet comme axe prioritaire, nous ne pouvons pas revendiquer une réponse à tous les problèmes, car on crève des programmes fourre-tout, tout prêts, des préalables qui n’en finissent plus, des étiquettes mensongères.

                                       Une bonne idée, un projet qui tient la route a besoin de temps et de votre participation pour aboutir. Nous avons un projet politique, nous en avons déterminé la trajectoire et nous irons jusqu’au bout.

                                       En cette période de fin d’année, faste en fêtes et en saints patrons, je voudrais vous dire :

       « Bons vœux, Bon An, 

          A ma Wallonie, à vous ses enfants

          Et à toute cette famille de France

          Qui aurait dû bercer notre enfance !

          Wallonie trop longtemps ignorée

           Par une Belgique flamandisée ;

           Wallonie, terre de France

           Arrachée par une Histoire germanisée,

           Wallonie aux marches de la latinité.

           Wallonie, terre d’espérance ;

           Wallonie, j’aime tes fragrances. 

           Demain, tu retourneras en France,

           Car c’est ta langue, ton sol et ta culture.

           Mes petites-filles ne seront pas Flamandes,

           Laissons à d’autres le retour à la Hollande.

           Je vous offre 2002 vœux pour l’an neuf

           Afin que notre peuple wallon par trop

           Veuf de son histoire, en retrouve et pour

           Toujours la mémoire ».

 

 Vive la Wallonie libre et française, Vive la France !

  

André LIBERT.

       


Communiqué du 31 janvier 2001Communiqué du 30 avril 2001
 
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